Plus glaçant, tu meurs…
Quand on découvre que ce drame est une coproduction partagée par la France, la Grèce, l’Estonie, la Suède, l’Allemagne et la Finlande, il y a déjà de quoi être un poil désorienté. Quand, en plus on apprend que le réalisateur, Alexandros Avranas, est grec… On se dit qu’il y a peut être tout à craindre de ces 100 minutes. Mais foin de ces idées préconçues et des a priori encombrants… Suède, 2018. Un syndrome mystérieux affecte les enfants réfugiés. Dans l’espoir d’une vie meilleure, Sergei, Natalia et leurs deux filles ont été contraints de fuir leur pays natal. Malgré tous leurs efforts pour s’intégrer et incarner la famille modèle, leur demande d’asile est rejetée. Soudainement, Katja, leur plus jeune fille, s’effondre et tombe dans le coma. Ils vont alors se battre, jusqu’à l’impensable, pour que leur fille puisse se réveiller… Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’un mois après sa sortie sur les écrans, la presse « officielle » ne s’est pas précipitée dans les salles obscures. 14 critiques seulement, c’est très peu. Une fois de plus, les absents ont eu tort. Certes, ce drame n’est pas très grand public – c’est une litote -, mais le scénario original et la mise en scène très stylisée valent à elles seules le déplacement. Mais, hélas, je crois que ma chronique arrive trop tard, la plupart des exploitants l’ont retiré de leur programmation.
Le cinéaste s’est inspiré d’un véritable mal appelé le « syndrome de résignation ». Des millions d’enfants victimes des guerres ou de répression politique sont envoyés loin de chez eux dans l’espoir d’une vie plus facile et sont en proie à un fort état de désespoir. Une centaine d’enfants seraient ainsi touchés en Suède par ce mal, reconnu seulement en 2014. Le scénario est une histoire universelle – les enfants frappés par ce syndrome auraient pu être afghans, iraniens ou palestiniens -, sur la fragilité de la vérité, sur l’amour inconditionnel des parents pour leurs enfants, et sur la situation d’un enfant en exil. Les enfants en question sont originaires de pays où ils ont été persécutés et, une fois réfugiés dans un pays, sont atteints de la peur irraisonnée de devoir repartir d’où ils viennent. Une sorte de d'état comateux, dont ils se réveillent en général une fois que leurs parents obtiennent le droit d’asile. Le film dresse une réalité factuelle, avec un style visuel très austère, avant de glisser vers la science-fiction. Le modèle suédois est souvent cité en exemple, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’est pas exempt de problèmes – encore une litote -. On sent un profond désir de censurer toute émotion au point de mettre en place un système quasiment kafkaïen. Décor glacial, peu de dialogues, caméra le plus souvent fixe, l’aspect robotique de l'office d'immigration suédois, puis des praticiens médicaux, tout contribue au malaise qui gagne le spectateur qui aimerait croire que tout ceci ne reflète pas la vérité… et pourtant. Mais, je ne vous dévoilerai pas la fin de ce drame glaçant pas comme les autres.
Chulpan Khamatova, grande star du cinéma russe, n’a eu aucune difficulté à s’identifier à son personnage puisqu’elle était elle-même exilée et vit actuellement en Lettonie. Mais, on ne peut oublier les prestations de Grigoriy Dobrygin, Naomi Lamp et Miroslava Pashutina, tous au diapason de ce quasi documentaire dystopique qui a opté pour une voie diamétralement opposé au naturalisme de L’histoire de Souleymane. Les deux films présentent d’ailleurs une scène quasiment identique : celle d’un témoignage, fébrilement préparé mais que le spectateur sait mensonger, devant un fonctionnaire de l’immigration. Cette « vie tranquille » est un constat clinique déshumanisé et aseptisé qui fait froid dans le dos. Le tout ne donne pas forcément envie de visiter la Suède…