Qu'est-ce donc que le syndrome de résignation, de plus en plus en fréquent, semble t-il, chez des enfants de migrants auxquels on a refusé le droit d'asile ? Le cinéaste grec Alexandros Avranas s'empare du sujet d'une manière assez proche du nouveau cinéma hellène (Lánthimos et consorts), avec un traitement clinique et déshumanisé, dépourvu d'émotion, qui correspond assez bien aux locaux froids et à l'accueil, qui ne l'est pas moins, des autorités suédoises, en l'occurrence, chargées de l'immigration. Le film n'a pas vocation à plaire à tout le monde de par son aspect de Meilleur des mondes et de son atmosphère glaciale qui confine à l'absurde et susceptible de provoquer des rires nerveux. Lui reprochera t-on son nouvel académisme ou sa lenteur ? Probablement, pour un récit où le seul rempart à l'adversité est une solidarité familiale, pourtant soumise à rude épreuve. Mais pour qui veut bien plonger sans rechigner dans cet univers impitoyable et certainement proche d'une certaine réalité, même dans le style particulier du cinéaste, l'expérience se révèle fascinante, surtout accompagnée d'un humour noir qui s'exerce jusqu'à ses personnages les plus positifs. Quiet Life est un film bien plus facile à détester qu'à aimer et, de ce fait, passionnant dans ses choix esthétiques et narratifs.
Ça pourrait être un film d'horreur s'il ne finissait pas bien (plutôt bien). Mais de fait, c'est plutôt un film d'horreur, voire trois films d'horreur en même temps. L'état crispé de la famille russe réfugiée en Suède est déjà glaçant. L'attitude robotique de l'office d'immigration suédois, puis des praticiens médicaux est tout simplement effrayante. Ce "syndrome de résignation" enfin, dramatisé et amplifié, s'apparente au genre de films où un virus se répand dans un coin du monde...
Tout donne la chair de poule, des quasi-robots de l'administration suédoise à la pathologie proprement dite, en passant par la thérapie imposée aux parents pour assurer une ambiance paisible aux enfants (le sourire résolument crispé du père rappelle Terminator / Schwarzenegger quand il souriait). C'est surréaliste. Cette mise en scène est bien sûr le résultat recherché. On veut croire que ça ne reflète pas la vérité, mais l'auteur y croit cependant, ce qui inquiète.
Cependant, l'auteur mène en même temps une enquête psychologique : adulte victime de malheur, puis de réaction aggravante ; enfant victime aussi, manipulable, facilement pris en faute. Cette enquête amène finalement ce qu'il fallait pour détendre les personnages, comme le public : la bonté humaine, la vraie, intervient (coup de chance ou coup de baguette magique de l'auteur). Grâce à elle, la résilience renaît chez les malheureux. Il y a là un message très fort.
Film effroyable et froid, à peine croyable tellement c'est indigne dans le monde d'aujourd'hui d'avoir de tels comportements, c'est apparemment pas de la science fiction, ça fait peur....
Ai vu « Quiet Life » film gréco-suédois du réalisateur Alexandros Avranas présenté en Compétition à la Mostra de Venise 2024. Avranas cadre ses plans de façon spectaculaire et au millimètre près. Tout dans son cadre est rectiligne, tout est en droites, parallèles et perpendiculaires… les murs, les sols, les meubles, les tissus… et les personnages s’inscrivent dans ce monde strict et épuré à l’extrême, tels de petits objets fragiles. Cela donne une atmosphère anxiogène et extrêmement réfrigérante : ultra efficace. Inspiré de faits réels, depuis 1998, en Suède particulièrement, des enfants tombent subitement dans le coma, principalement des enfants de réfugiés russes. La pression d’être éventuellement re-expédiés en Russie est tellement insupportable pour ces enfants, dont les familles ont connues des oppressions et des tortures, qu’ils tombent dans ce syndrome de résignation encore très mystérieux pour la Médecine. Serguei (Grigoriy Dobrygin inquiétant) et Natalia (Chulpan Khamatova actrice russe) ont fuit la Russie et font une demande d’asile en Suède. L’attente de la réponse est si insoutenable que Katia, fille cadette du couple tombe dans le coma. Elle est prise en charge par une clinique dont les méthodes sont un très particulières. Les situations et le caractère du film sont si angoissants que le spectateur reste figé dans son fauteuil sous le poids de l’anxiété qui le gagne. La mise en scène très sobre et chirurgicale, la musique minimaliste, les couleurs écrues, grises, beiges donnent une sensation d’un régime totalitaire effrayant dans cette démocratie si avant gardiste qu’est la Suède. . Les acteurs qui jouent le couple et les 2 enfants présentent un performance puissante.
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2,5
Publiée le 16 octobre 2025
Serghei et Natalia ont quitté la Russie avec leurs deux filles pour s'installer en Suède, mais pour obtenir l'asile, ils doivent passer par un processus d'immigration très strict qui les oblige à revivre leurs traumatismes. De souvenirs douloureux difficiles à se remémorer surtout pour les petites qui "échappent" à cette réalité à leur manière... "Quiet Life" a pour principal but de mettre en lumière le syndrome de résignation infantile que je ne connaissais absolument pas. Au début, je pensais regarder un film de science-fiction dystopique, car c'est quand même bien étrange. Évidemment, la forme choisie par Alexandros Avranas s'éloigne de la réalité avec quelque chose de très froid, statique et parfois inquiétant. Il n'y a aucune chaleur humaine et des gens traités comme des numéros, ce qui renforce le côté futuriste angoissant. La forme y est, mais l'histoire m'a laissé sur ma faim. Encore une fois, c'est important de parler de cette pathologie méconnue qui a depuis été reconnue en Suède, mais ça n'en fait pas un bon film pour autant. Les 2/3 sont pas mal et intrigants puis il y a une dernière partie aussi facile qu'expédiée qui est très décevante. Au final, un film intéressant, mais frustrant.
Il semble que ce syndrome de résignation soit bel et bien avéré ; en effet ça reste très étonnant que ce syndrome n'existe qu'en Suède ?! Cette question plus les choix du réalisateurs font qu'on se détache d'autant plus émotionnellement de cette histoire qui paraît plus une idée de film d'anticipation. Les décors sont étonnamment épuré, impersonnels, et correspond à une mise en scène clinique et très sophistiqué digne de quelques films dystopique et/ou sur les films au thématique de deshumanisation. Le soucis c'est qu'on tente de nous relater des faits récents et actuels, donc censés être ancré dans notre réalité alors que le cinéaste choisit une style visuel surréaliste idéal pour film d'anticipation ce qui arase forcément la véracité ou l'authenticité des événements... SPOILERS cliquez pour en savoir plus !... Un tournant dans le film, improbable ou incohérent, mais qui permet soudain au film de s'humaniser en se focalisant désormais sur la cellule familiale et leur "reconstruction". La seconde partie du film s'avère plus touchante avec plusieurs jolies séquences qui ne manquent ni d'émotion ni d'une certaine poésie. Mais le propos du film se montre donc bien vain puisque regroupé surtout dans une première partie aseptisé et beaucoup trop hors cadre d'époque pour convaincre. Site : Selenie.fr
Après avoir été agressé par la police en Russie, Sergueï a fui son pays pour la Suède avec sa famille. Il y a déposé une demande d’asile qui lui est refusée. Au lendemain de ce refus traumatisant, sa fille cadette, Katja, qui fut témoin de l’agression de son père et dont le témoignage lui permettrait peut-être d’obtenir le titre de réfugié, tombe dans un coma profond. Elle est victime d’un mal fréquent chez les réfugiés et leurs enfants : le syndrome de résignation.
"Quiet Life" n’est pas un documentaire même si les faits qui l’inspirent ont été médicalement documentés en Suède. C’est une fiction qui fait un pari radical, similaire à celui du film tunisien "La Source" ou au "Nosferatu" de Robert Eggers, avec lesquels j’ai eu la dent (trop ?) dure ces jours derniers : celui de l’hyperstylisation.
"Quiet Life" tangente la dystopie. La froideur glaciale doublée du respect scrupuleux des droits humains avec laquelle les demandes d’asile sont traitées en Suède pourrait ressembler à ce qu’on voit dans le film mais s’en distingue néanmoins. Les réfugiés n’y sont pas accueillis dans des appartements aussi confortables (et c’est dommage) ; ils ne sont pas soumis à un stage aussi débilitant si leurs enfants sont hospitalisés (et c’est tant mieux). Mais comme dans toutes les dystopies réussies (on pense à "Orange mécanique" ou à "Bienvenue à Gattaca"), "Quiet Life" exagère certains traits de nos sociétés contemporaines pour en interroger les ressorts.
Comment traiter les demandeurs d’asile ? Quelles preuves leur demander pour attester des persécutions qu’ils prétendent avoir subies dans leur pays d’origine ? En demander trop, c’est courir le risque de refouler des réfugiés authentiquement persécutés ; en demander trop peu et se fier à leur seule parole, c’est courir celui d’accorder le titre de réfugié à des personnes qui n’y ont pas droit. Quel statut octroyer aux enfants des demandeurs d’asile ? Leur témoignage est-il recevable à l’appui de la demande déposée par leurs parents ? Peut-on les en séparer, dans quelles circonstances et à quelles conditions ? Leur état de santé peut-il faire obstacle à leur reconduite et à celle de leurs parents ?
Autant de questions juridiques et éthiques passionnantes que pose "Quiet Life". Il le fait avec une froideur glaçante, à rebours du mélodrame. Son scénario, remarquablement écrit, distille son lot de rebondissements. Ses acteurs, dont Chulpan Khamatova qui a fui la Russie au lendemain de l’invasion de l’Ukraine en 2022 et s’est réfugié en Lettonie, sont parfaits.
Sur le même sujet, "L’Histoire de Souleymane", l’un de mes films préférés de 2024, optait pour un parti bien différent : celui du naturalisme. Les deux films contiennent une scène quasiment identique : celle d’un témoignage, fébrilement préparé mais que le spectateur sait mensonger, devant un fonctionnaire de l’immigration. Les bonnes écoles de cinéma auront sans aucun doute l’idée de montrer à leurs étudiants ces deux scènes et d’en analyser les points communs et les différences.
Film au rythme lent et qui n’a donc rien d’un film facile à accepter, film qui, par certains côtés s’apparente à un thriller et qui donne de la Suède une image fort antipathique, Quiet life amène inéluctablement les spectateurs français à s’interroger sur ce qu’on présente sous l’appellation de « syndrome de résignation ». En effet, alors que la France, comme l’ensemble des pays européens, est touchée par le phénomène de l’immigration, il ne semble pas qu’on y connaisse cette maladie très spéciale, en tout cas pas officiellement. Critique complète sur https://www.critique-film.fr/critique-quiet-life/
"C’est avec sobriété, mais surtout efficacité qu’Alexandros Avranas nous invite à découvrir les causes et conséquences d’une pathologie rarement abordée dans les œuvres de fiction. En s’inspirant de faits survenus au début des années 2000, Quiet Life explore en quoi le « syndrome de la résignation » constitue un enjeu majeur, en ces temps de guerre et de vagues d’immigration croissantes, pour une jeunesse traumatisée, en perte d’identité et surtout privée d’un foyer chaleureux, où l’amour d’une famille peut briller de mille feux."
"Les victimes plongent dans un état comateux que la science ne peut parfaitement expliquer ou accompagner. Rapidement intégrés dans une nouvelle vie sans peur ni persécution, les enfants de réfugiés dont la demande d’asile a été refusée en sont les cibles prioritaires. Ce concours de circonstances amène donc les parents à se reconnecter à leurs enfants, ainsi qu’à leur culture d’origine, chose qu’on leur ampute à la force d’une administration médicale et sociale kafkaïenne."
"Alexandros Avranas est d’une précision clinique dans sa composition de l’image et sa mise en scène, constamment au service d’une atmosphère claustrophobique et artificielle, quand bien même la flore domine le territoire suédois. Il nous rend compte de cette société, à l’image des enfants atteints du syndrome de la résignation, qui cherche elle-même à protéger son microcosme par de faux espoirs."
Retrouvez ma critique complète sur Le Mag du Ciné.
Un film glaçant à la réalisation parfaite qui arrive à gommer toute émotion . L'objectif est donc atteint de montrer à quel point nos sociétés occidentales dites civilisées arrivent à être totalitairement déshumanisées.
Film glaçant (la rigidité de l'administration, la suspicion des médecins, la robotisation des institutions) dans un monde aseptisé (réel?) qui en devient presque absurde
Le syndrome de résignation. Ce film pourrait s'apparenter à de la science-fiction mais ces évènements sont bel et bien inspirés de faits réels. Une famille russe trouve refuge en Suède pour échapper aux menaces visant le père. Devant le refus des autorités d'accorder à ceux-ci l'asile politique, la plus jeune fille fait un malaise. On assiste à un OVNI cinématographique devant ce magnétisme ambiant voulu par le cinéaste, Alexandros Avranas. C'est à la fois glaçant et stressant à suivre, psychologiquement plus dur à encaisser que la plupart des films d'horreur. Une dénonciation salutaire d'un phénomène dont j'ignorais l'existence.
Je n’avais jamais entendu parler du syndrome de résignation, c’est chose faite. Le parti pris de la mise en scène de Alexandros Avranas est radical, elle étouffe ses personnages et même ses spectateurs. Le film est immersif, la froideur des cadres, des situations et de l’administration suédoise crée la suffocation. C’est un bon film mais on n’est pas mécontent de sortir de la salle pour reprendre de l’air.
Les plans sont fixes, cadrés au millimètre près et s’étirent plus que de raison. Les séquences sont soit taiseuses, soit extrêmement bavardes et particulièrement longues. La tonalité visuelle fait le choix de l’aseptisé et de la froideur clinique poussés à leur paroxysme. Le propos est intéressant mais abordé sous un angle étrange entre réalisme social et dystopie rationaliste. Les curseurs du minimalisme et du contemplatif sont poussés à leur maximum. Avec « Quiet life » on est en plein dans le film d’auteur généralement apprécié dans les festivals pointus. Il y a des airs du cinéma de Michael Heneke ou, plus actuel, du mexicain Michel Franco. Sauf qu’Alexandros Avranas n’a pas forcément leur talent et que son film ennuie plus qu’il ne choque, impacte ou fait réfléchir.
Et pourtant, Dieu sait que le sujet du film était passionnant. En plus d’être totalement méconnu par le commun des mortels. On parle ici du syndrome de résignation. C’est une pathologie psychique rare et sévère, récemment apparue et documentée dans certains pays européens, qui voit de jeunes enfants souffrir d’un état végétatif ou catatonique en réponse à un stress extrême. Et elle touche principalement les enfants de réfugiés notamment en Suède, là où se déroule l’intrigue avec une famille de russes cherchant l’asile dans le pays. Mais au lieu de traiter le sujet frontalement de manière sociale et proche de la réalité, avec du suspense et/ou un drame qui touche, le cinéaste grec s’embourbe dans une sorte d’allégorie qui vire à l’exercice de style laborieux, prétentieux et particulièrement long et fatigant.
Alors oui c’est bien filmé, tout est propre, bien cadré et rien ne dépasse, démontrant un côté maniaque de l’image. Mais à force de distance et de froideur, le spectateur n’a aucune clé pour s’accrocher aux personnages et à l’histoire. Aucune émotion ne nous traverse le cœur et l’empathie envers les protagonistes est très difficile malgré le tragique de leur sort. On sent bien un discours sur la déshumanisation des réfugiés et la lourdeur bureaucratique kafkaïenne des administrations mais « Quiet life » échoue totalement à nous passionner par un sujet qui méritait bien mieux que ce traitement étrange, lancinant, parfois proche de l’absurde. Tout s’éternise et le fait de prendre ce thème pour le conditionner à une sorte de parcours du combattant presque abstrait et absurde où les réfugiés sont des numéros est un choix radical et trop abscons pour nous satisfaire. Pénible et tristement beau mais vide.
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Très intéressant film d'Alexandros Avranas qui dans un décors aseptisé et clinique réussit à plonger le spectateur dans l'implacable machine bureaucratique et nous prends pour témoin de sa triste et terrifiante banalité ! C'est là un réquisitoire exemplaire sur ce qui mène au syndrome de résignation , qui m'était inconnu jusqu'à lors !