Nitram
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benoit_lb
benoit_lb

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4,0
Publiée le 26 avril 2022
Quelle maladie mentale ronge Nitram (« Martin » lu à l’envers) pour qu’il soit rendu à ce point indésirable aux yeux de la société ? Adulte dans son corps mais resté enfant dans sa tête, Martin souffre assurément d’une déficience intellectuelle qui le rend incapable de gagner sa vie et le contraint à vivre immanquablement au crochet de ses parents. Une sorte de Tanguy tasmanien qui passe ses journées à manipuler dangereusement des feux d’artifice et dont la frustration de ne pas pouvoir devenir un Australien comme les autres, capable de surfer entre les vagues sous le regard admiratif des jolies filles du coin, va aller crescendo tout au long du film.
L’une des forces de « Nitram » réside justement dans le rythme que lui imprègne son réalisateur. Lent au départ, le film accélère progressivement jusqu’au dénouement final. Les premières minutes permettent au spectateur de cerner le personnage de Martin, grand gamin hébergé dans le cocon familial qui cautionne toutes ses bêtises jusqu’au jour où il décide de s’en éloigner pour aller s’installer dans la grande demeure d’Helen à qui il est venu proposer ses services et dont il devient à la fois l’homme à tout-faire et le compagnon. Avec la disparation tragique de celle-ci le rythme accélère et le film devient biopic : la prospérité matérielle à laquelle Martin accède en tant qu’héritier naturel d’Helen va certes lui permettre d’exacerber ses envies de consommation mais va surtout l’attirer irrémédiablement vers les armes à feu. Dès lors que Martin commence à se constituer un véritable arsenal, il devient évident qu’il ne se contentera pas de tirer sur de simples boules à neige ou sur des cartons à pizza…
La fluidité de la construction du film est par ailleurs agrémentée par le choix délibéré de Justin Kurzel de ne pas s’attarder sur ce qui pourrait apparaitre comme les faits marquants du récit. La décision de Martin de quitter le cocon familial, l’accident dont est victime Helen ou le suicide du père devenu dépressif sont traités comme des non-événements dont Justin Kurzel analyse surtout les conséquences sur le comportement et la psychologie du personnage de Martin. Le départ d’Helen accroit son isolement, la disparition de son père nourrit sa soif de vengeance et son désir de justice qui l’amènent à perpétrer le carnage final. Aucune image de violence n’est montrée lors des dernières scènes du film. La bande-son parle d’elle-même. En revanche, la séquence au cours de laquelle Martin acquiert des armes sans licence dans un magasin spécialisé s’étire en longueur comme un moyen d’ajouter un ressort supplémentaire à cet engrenage menant à la violence.
L’alternance de plans serrés et de plans d’ensemble est un autre des atouts qu’utilise Justin Kurzel permettant au spectateur de mieux s’imprégner de la personnalité détraquée du personnage central.
Le film doit également à la performance de son acteur principal, Caleb Landry Jones, acteur texan vu entre autres dans des seconds rôles chez les frères Coen et Jim Jarmusch et qui a su s’immiscer rapidement dans cet environnement culturel nouveau pour lui que constitue l’Australie des années 1990. Sa crinière blonde ondulée crève l’écran. Son personnage tout en retenue cache une personnalité énigmatique dont on craint l’explosion des frustrations à chaque instant du film. On ne reste pas non plus insensible à la prestation de Judy Davis en mère nonchalante incapable d’exprimer la moindre émotion et qui le résume très bien lors d’une simple réplique : « ce n’est pas parce que je ne pleure pas que je ne suis pas triste intérieurement ». Parmi les seconds rôles, on retiendra celui d’Essie Davis qui interprète une Helen vivant hors du temps dans sa vaste demeure à l’allure victorienne. Pour un peu, on croirait retrouver l’atmosphère de l’Angleterre du 19e siècle au travers de certaines scènes.
Il y a in fine plusieurs manières de regarder « Nitram » : sous l’angle d’un drame familial, sous celui de la dépression et de la fragilité mentale ou sous celui du nécessaire contrôle des armes à feu. C’est ce dernier aspect que le réalisateur décide de mettre en exergue à travers un ultime message sur l’inefficacité des lois prises par l’Australie en la matière. Mais chacun tirera probablement une leçon différente de ce film qui nous arrive des Antipodes.
olympe1707
olympe1707

1 abonné 33 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 20 juin 2025
Il existe des films puissants, pesants, désagréables et au final impressionnants : Nitram fait partie de ceux-ci.

Nitram vit chez ses parents, où le temps s’écoule entre solitude et frustration. Alors qu'il propose ses services comme jardinier, il rencontre Helen, une riche héritière marginale qui vit seule avec ses animaux. Ensemble, ils se construisent une vie à part. Elle seule sait l'aimer tel qu'il est. Lorsqu'elle disparaît tragiquement, la colère et la solitude du jeune homme ressurgissent. Commence alors une longue descente qui va le mener au pire.

Le réalisateur australien Justin Kurzel dresse, dans ce long métrage singulier, le portrait psychologique du meurtrier de la tuerie à grande échelle de Port-Arthur en Tasmanie, en 1996, ayant fait près de 35 morts et une vingtaine de blessés. Là où « Elephant » de Gus Van Sant restait sur une approche très factuelle d’une fusillade similaire (celle de Columbine aux Etats-Unis), ici le film s’intéresse surtout aux fragilités mentales de son personnage principal.

La violence est omniprésente mais elle n'est le plus souvent que suggérée. C'est un climat de tension qui règne, de souffrance et de rage mal contenues. Le personnage n'est que sensibilité exacerbée.
Il ne sait pas gérer ses frustrations, alors chaque fois il va un peu trop loin, comme lorsqu'il ne sait pas décoder ni les signes ni les paroles lorsque des inconnus ne souhaitent pas faire plus ample connaissance. Son attitude en devient gênante, voire glaçante lorsqu'on lit la violence enfouie sur son visage presque grimaçant, celle-ci prête à exploser à tout moment. Il n'a absolument aucune aptitude sociale, et le plus souvent (mais pas toujours) il ne semble éprouver aucune empathie. Et pourtant paradoxalement, dans la majeure partie du film on le sent aussi extrêmement humain, exubérant dans ses effusions de joie, à la manière d'un enfant, ou de souffrance qu'il contient si mal. Il est par ailleurs tellement impulsif et destructuré qu'il est incapable de considérer que ses actes et ses paroles puissent avoir le moindre impact sur autrui. Il ne vit que l'instant présent. Jusqu'au dernier quart, où là il devient méthodique, décidé à exécuter un plan fomenté depuis un certain temps. Toute l'humanité dont il avait pu faire preuve, ou qu'il avait feintée à la perfection, ne fait plus partie de lui. Il avait été dépeint comme un humain impulsif, spoiler: mais au final c'est véritablement un psychopathe, allant jusqu'à tuer aussi des enfants. L'horreur à son paroxysme.


En filmant les mois qui précèdent l'innommable, le film s'axe donc beaucoup sur la psychologie du personnage et ça me plait, et je ne peux que comprendre, car comme moi-même, le réalisateur, choqué par cet événement tragique, a cherché à entrer dans la tête de l'assassin. C'est un drame absolument terrible, mais lorsque l'on s'intéresse un tant soit peu à la psychologie/psychiatrie, il existe un tel mystère autour de ces cerveaux habités par la folie que ça en devient fascinant. D'autant plus lorsqu'a priori il n'y a pas de traumatismes vécus dans l'enfance, du moins d'après l'histoire. Si ce n'est qu'il a grandi avec une mère plutôt castratrice et un père totalement effacé, laissant tout passer. Nitram n'a pas vraiment pu se construire. Mais cela n'explique pas tout, loin s'en faut!

Je pense qu'aucun autre acteur que Caleb Landry Jones aurait pu interpréter avec une telle perfection ce rôle-là. Je l'ai découvert il y a quelques jours seulement dans Dogman, de Luc Besson, où il campait aussi le personnage principal. Je l'ai trouvé tellement époustouflant que j'ai fait des recherches sur lui, et c'est ainsi que je suis tombée sur Nitram. Le jeune acteur texan donne vie à ce personnage incandescent et troublant, enfermé dans une solitude qui l'obsède, avec un talent qui lui a valu le prix d'interprétation masculine au dernier festival de Cannes. Son jeu est tout simplement stupéfiant d'intelligence et d'émotion. Il dégage un tel charisme que j'ai personnellement été envoûtée. Je souhaite vraiment que sa carrière décolle, impatiente de le voir jouer d'autres rôles majeurs.

Au-delà du simple portrait, l'histoire de Nitram et des personnages qui gravitent autour de lui est vraiment prenante. Il ne s'agit pas d'une pure "dissection psychologique", mais d'une histoire passionnante lorsque l'on sait comment celle-ci prendra fin. Il y a du suspense, et sa relation avec Helen, femme solaire, est sublime. On se laisse porter par les moments de bonheur vécus par ces deux marginaux.
La photographie est très belle, c'est un film très esthétique, et même si Nitram est constamment sur le fil du rasoir, le réalisateur le rend attachant dans la première moitié du film. Je ne sais pas s'il aurait dû, ne serait-ce que par respect pour ses victimes. Mais l'Art est libre, et heureusement! En tout cas j'ai tellement aimé cette pépite du cinéma indépendant que je l'ai regardée à deux reprises, en l'espace de quelques heures. Et d'ailleurs c'est bien la première fois que j'écris une critique aussi longue!

À travers ce portrait glaçant, qui fait autant froid dans le dos que la tuerie qui en découle, le réalisateur propose un puissant plaidoyer contre la négligence de certains gouvernements (notamment États-Unis et Australie) vis à vis de la réglementation sur le port des armes à feux.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 12 mai 2022
Difficile de ne pas rester bouche bée devant la prestation exceptionnelle de l'acteur principal qui joue juste de bout en bout comme d'ailleurs les autres acteurs dont son père sa mère et Helen. Un film complexe au point de vue psychologie du personnage entre son appartenance à ce monde et ses relations familiales puis amicales entretenues avec son employeur solitaire. Une vraie claque émouvante, un tourbillon de sentiments.
Nicolas Legrand
Nicolas Legrand

4 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 4 janvier 2023
Le sujet pourrait donner dans le vulgaire mais il ne cède à aucun sensationnalisme. Un tour de force qui évite la bestialité moralisatrice et clivante.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 16 mai 2022
Quel film ! J'ai adoré
Jeu d'acteur au top
Mise en scène au top
Le message véhiculé à travers ce film est clair, en espérant que les choses changent pour de bon...
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