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Burning Days est un uppercut politique, une plongée dans la poussière d’une Turquie reculée où chaque mot pèse une tonne, où chaque silence cache un couteau. Emre, jeune procureur débarqué du centre, la cravate bien serrée, les idéaux droits comme un piquet, il croit qu’il va rendre la justice. Mais il se retrouve à patauger dans une mare de boue où les notables locaux font la loi, où les combines tiennent lieu de constitution, où la corruption a l’âge des pierres.
Le film, il a cette sécheresse minérale. Pas de gras, pas de décor de carte postale. La caméra scrute, resserre, étouffe. On est collé à Emre comme une ombre, on respire son malaise, son obstination butée, ses yeux qui refusent de baisser la garde même quand tout le village voudrait l’engloutir. Et plus ça avance, plus tu sens la parano t’envahir. Tout le monde se connaît, tout le monde complote, personne n’est fiable.
Emin Alper, le réal, il fait pas du cinéma qui cajole. Il t’embarque dans un engrenage lent, poisseux, où la tension monte sans crier gare. Pas besoin de flingues ou de courses-poursuites : ici, le danger c’est un repas de notable, une poignée de main trop ferme, une rumeur qui enfle. Et puis ce climat de sécheresse, de terre craquelée, de puits qui s’assèchent, qui vient coller une métaphore lourde comme un orage qui veut pas tomber.
Mais là où ça tape fort, c’est que sous l’intrigue judiciaire, tu sens autre chose. L’homophobie larvée, les désirs tus, les regards qui en disent trop. Le film joue là-dessus, à bas bruit, comme une autre vérité que la société refuse de voir. Et Emre, avec son intégrité raide, il devient le miroir de toutes les fractures : entre le centre et la périphérie, entre la loi et la combine, entre le désir et la peur.
C’est pas un film facile, c’est pas un film confortable. Mais c’est un film nécessaire. Parce qu’il te colle la gorge sèche, il te montre une Turquie qui veut pas se regarder en face, et il ose gratter là où ça démange, quitte à laisser des cicatrices.
Note : 12 sur 20. Parce que parfois ça s’étire un peu, parce que l’austérité peut fatiguer, mais la force politique, la tension dramatique et la mise en scène chirurgicale en font un objet qui marque. Un de ces films qui s’éteignent pas quand l’écran devient noir.