"Hey ! Cette lumière, au bout du tunnel... Tu sais quoi ? C’est pas le paradis : c’est juste la ligne C !" Avocat le jour, "justicier" masqué la nuit, aveugle à plein temps, Matt Murdock voit sa vie bouleversée dès lors qu'il rencontre la belle Elektra. Réaliser un film "regardable", voilà un exploit pour ce cinéaste qui s'est régalé, quelques années plus tard, à massacrer le mythe de "Ghost Rider". Pourtant, avant de toucher le fond, il avait mis au monde une adaptation de "Daredevil" certes sans surprise mais divertissante, qui passe pour un chef-d'oeuvre à côté de l'attentat au septième art cité plus haut. Mais sans cette comparaison, on est loin du chef-d'oeuvre, car l'ensemble demeure très inégal. Les scènes d'action sont brillamment chorégraphiées et le casting est convenable : Ben Affleck à l'aise dans le costume moulant de l'homme sans peur, Michael Clarke Duncan bien bourrin en chef de la pègre, Colin Farrell jubilatoire en psychopathe lanceur d'aiguilles... Mais ces deux atouts indéniables sont plombés par un manque d'aboutissement scénaristique (c'est trop court !), des répliques cul-cul de Matt à Elektra et un manichéisme déconcertant qui choque moins par les méchants caricaturaux au possible (c'est ça qui fait leur charme) que par la morale aussi fine qu'une pastèque, s'obstinant à répéter que "tuer, c'est pas bien". On retiendra par ailleurs la réplique hallucinante (et pas du tout nécessaire) de Ben Affleck, qu'on croirait sortie d'un épisode de "Power Rangers" : "J'suis pas un méchant". Quand j'ai entendu ça, je peux vous dire que j'ai cligné des yeux. Et le pire, c'est qu'il répète la phrase quelques secondes plus tard, histoire de bien se convaincre que non, "c'est pas un méchant" ! Non, ce n'est pas vraiment un méchant, tout comme ce blockbuster qui reste au demeurant beaucoup trop sage. Bref, vous l'aurez compris, "Daredevil" n'est pas un film indispensable, même si, il faut le reconnaître, on ne s'ennuie pas une seconde.