On comprend où le film veut nous emmener et ce qu'il veut nous dire, mais comme il ne fait qu'effleurer la surface de ses nombreux sujets à un rythme réellement effréné, il ne nous embarque jamais entièrement. C'est paradoxal pour le film Pixar qui propose le voyage le plus lointain jamais proposé (à égalité avec "Buzz l'Éclair"). Il est vrai que visuellement, et notamment techniquement, c'est hors du commun. Très coloré, de toutes les formes, dans tous les sens, un soucis du détail hallucinant... mais ça va trop vite, on ne peut si ressentir ni profiter réellement. Que ce soit dans le montage ou la rapidité des mouvements qui donne une impression cartoon, tout impact (visuel ou émotionnel) est diminué. Et c'est vraiment dommage, car j'aurais crié à la pépite si cette démonstration de force avait réussi à me prendre à la gorge.
Le début marque bien cette ambiance pesante, qui malheureusement s'étiole au fur et à mesure. Après, ce parti pris d'être plus proche du happy buddy movie montre peut-être que mon esprit étriqué préfère la facilité du drame... Cependant, l'idée centrale du film est de faire apparaître le contraste entre une vie sans échappatoire sur Terre et la possiblité d'être quelqu'un ailleurs. Et je pense que cette vie terrestre aurait été plus repoussante en appuyant notre empathie pour Elio. A la manière de l'introduction de "Là-haut" qui bouleversait le monde en 2009, je trouve qu'il aurait été plus marquant de montrer d'où l'on part, plutôt que de le raconter :
l'alchimie entre Elio et ses parents, l'invention de leur langue commune, le parcours ambitieux et carriériste de sa tante, loin de ces délires, ce qui expliquerait la gêne et l'incompréhension qui existent entre les deux personnages.
Certains concepts sont largement sous-exploités, accentuant cette impression que l'on passe à côté de quelque chose de grand.
Une tentative de faire revivre les parents avec le générateur de clone et son ADN ? La conseillère télépathe qui ne voit que le mensonge dans la tête d'Elio, sans y voir sa profonde solitude ni la cause du quiproquo avec lord Grigon ? Où se trouve la nuance, chère à Pixar, dans les dilemmes moraux de Glordon ?
De la même manière, la fin mise sur une morale facile.
Alors que les liens entre Elio et sa tante se sont améliorés et qu'ils se sont montré leur amour mutuel, pourquoi ne pas accepter pour l'un, d'être ambassadeur pour laisser l'autre poursuivre son ambitieuse carrière ? On y aurait plus cru si leur alchimie avait été plus travaillée, mais en l'état on a juste les deux protagonistes qui renoncent à leur rêve, toujours dans cette optique de "la famille avant tout", déjà appuyée par la relation Grigon/Glordon.
Comme toujours avec un Pixar qui me plaît moins, le négatif prime sur les qualités évidentes du métrage, qui n'ennuie pas une seconde, parle de choses importantes, a une musique travaillée, et propose des images sublimes. Mais oui, on est malheureusement habitués au meilleur, même récemment avec des productions comme "Gagné ou Perdu". Et voir des productions "originales" se baser de manière trop évidente sur les lauriers du studio (très pesants), c'est un peu frustrant.