Pas facile de se lancer dans la critique d’un film que l’on ne peut sortir d’un contexte dramatique…Sophie Fillières , réalisatrice, actrice, scénariste, qui a fait partie de la première promotion de la FEMIS, est décédée alors que le film venait d’être tourné mais n’avait pas encore été monté…Lorsqu’elle avait appris qu’elle était atteinte d’une grave maladie, elle confie alors les clés du montage à ses deux enfants, Agathe (plusieurs fois actrice des films de sa mère) et Adam Bonitzer, ainsi qu’au monteur François Quiqueré, avec qui elle travaille pour la première fois…Je ne connais ni le cinéma de Sophie Fillières, ni la réalisatrice… « Ma vie ma gueule » est présenté comme un autoportrait testamentaire et relate la vie quotidienne de Barberie Bichette dite Barbie, femme de 55 ans, qui tente d’écrire, doute, fait des courses, va voir son psy, pense à ses enfants avant d’être hospitalisée puis de prendre le large...Le film est segmenté en trois actes : une comédie, une tragédie, une épiphanie qui relate la vie quotidienne de Barberie Bichette, dite "Barbie" . Cette présentation en chapitres, quelque peu artificielle, devient tendance chez les réalisateurs actuels…Là, il y en a trois, curieusement appelés « Pif », « Paf » et « Youkou ! ». Des trois, le premier, « Pif », est le plus drôle. On y retrouve en particulier des séances absolument désopilantes avec un psy. Le psy en question étant par ailleurs celui de la réalisatrice !! Le registre de « Paf », le deuxième chapitre, est plus sombre, plus déchirant, une forme de pathos se substituant à l’humour, même si pointent encore, de temps en temps, des moments qui font rire. Quant au troisième, « Youkou ! », il voit Barberie se diriger vers l‘Ecosse, avec de nouveau pas mal d’humour et d’autodérision mais aussi beaucoup de poésie, à la rencontre d’une vieille connaissance et des paysages somptueux de ce pays. Reste un film tendre, fragile, fantasque à l’image prêtée à sa réalisatrice…une manière d’art de vivre ou de survivre…qui recourt à l’absurde, la galéjade et le jeu des mots pour éviter la confrontation à la dure réalité d’un cerveau qui s’efface…Cette histoire est portée par une actrice remarquable, Agnès Jaoui , absolument géniale, qui a investi ce rôle d’une femme dépressive se raccrochant coûte que coûte à la vie avec une telle aisance qu’on a souvent l’impression qu’il y a beaucoup d’improvisation de sa part. Tout faux : tout était écrit, à la virgule près ! Reste un film quand même assez difficile, à ce jour, mieux reçu par la critique que par les spectateurs…