Un combat bouleversant
Le deuxième film – je n’ai pas vu le 1er -, d’Anna Cazenave Cambet, n’est autre que l’adaptation de l'ouvrage éponyme de Constance Debré, Une fin d’été, Clémence annonce à son ex-mari qu’elle a des histoires d’amour avec des femmes. Sa vie bascule lorsqu'il lui retire la garde de son fils. Clémence va devoir lutter pour rester mère, femme et libre. 133 minutes qui parlent de deuil, d’injustice, de l’amour mis en procès et de cette violence sourde d’être sans arrêt regardée, jugée par l’ex, les tribunaux, la société… Un film bouleversant, d’une grande justesse qui ne peu laisser personne indifférent.
Ce serait infiniment trop réducteur de résumer ce film à un « film lesbien », c’est un film politique sur la loi, l’amour, la survie. Face au mur des préjugés de la société et de la justice, pour ses choix sentimentaux et sexuels, la vie de mère et de femme de l’héroïne semble se fracasser constamment. Comment Clémence va t-elle se sortir d'une situation qu'elle ne maîtrise plus et affecte toute son existence, voilà tout l'intérêt de ce film sans doute un peu trop long, un peu trop répétitif et souvent plombé par une voix-off omniprésente. Dans un monde normal, ce genre d’affaire ne devrait pas exister et le film démontre bien le total manque d’efficacité de certains des rouages des services sociaux et d’une justice pas toujours… juste. À force d’ellipses impeccablement négociées au montage et dans le scénario adapté, on sent le temps passer et on voit la situation faire du surplace ou s’empirer. On ne s’ennuie jamais, mais la démonstration aurait eu plus d’impact avec un format plus resserré et des séquences qui vont droit au but. Mais pour sublimer ce drame, il y a une immense actrice qui vaut à elle seule de voir ce très bon film.
Il s’agit bien sûr de Vicky Krieps, magnifique, qui va au-delà de la performance. Là, on est dans l’incarnation. Mais le reste du casting, avec Antoine Reinartz, Monia Chokri, Ji-Min Park, Salif Cissé, Féodor Atkine, Aurélia Petit, et le jeune et formidable Viggo Ferreira-Redier, lui donne une superbe réplique. En résumé, un très bon film, extrêmement émouvant, dominé par une comédienne exceptionnelle – couronnée récemment au Festival de Sarlat pour ce rôle -, et une cinéaste à suivre de près, surtout quand elle se sera débarrassée de certaines scories et maladresses dans réalisation. A voir quoi qu’il en soit.