Après une critique à chaud très longue effacée en un coup de patte de chat, me voilà prête à nuancer un quasi état de choc post-projection.
Steve Knight, maitrise à n'en pas douter, l'art du chef d'oeuvre graphique avec une signature inimitable. Un scénario hors norme, un casting 5 étoiles et un savoir faire rarement égalé. Une fois le spectateur attaché au clan Shelby, leurs aventures sont celles du spectateur.
Mr Knight signe une série tout simplement parfaite, d'une qualité rare qui ne faiblit pas au fil des saisons. Cependant, la profondeur des personnages, la singularité de la narration,les préparations paiements, qui ne voient leur dénouement que plusieurs épisodes plus loin, ne fonctionne pas dans le format long métrage. Ce qui laisse malheureusement une impression d'inachevé, de film bouclé à la hâte comme une promesse tenue soit, mais vidée de sa substance. On peut d'ailleurs faire une comparaison similaire avec les long métrages post Downton Abbey de Julian Fellows . Le rythme particulier de la série qui permet une immersion totale, n'est pas tenable pour le format long. Il devient alors extrêmement difficile, pour le réalisateur comme pour le spectateur, de se projeter dans cette proposition sans une perte de repère éminemment nuisible à l’histoire.
Avec plus de visages familiers, un bouquet final en format long aurait pu être une bonne idée. Mais entre l'ellipse temporelle de 10 ans, et l’arrivée de nouveaux personnages, l’exercice est quasi impossible.
Pourtant nous y sommes. Dès les premières images, la sensation grisante de retrouver l'univers des blinders est là. Et bien que conscients du caractère illusoire d'un retour en arrière, la faillite du clan shelby contre la montée du fascisme en saison 6 nous laisse une envie de revanche mordante qui ne sera jamais assouvie malgré la victoire finale du film.
En commençant la série , on se retrouve face à la caricature des gangsters minables des bas quartiers de Birmingham . Bagarres de bar, violence gratuite, bookmakers douteux… Mais très vite, l'intelligence hors norme du second de la fraterie, qui opère avec dix coups d'avance sur l'ennemi, laisse présager un futur prometteur. Et derrière le malt et les rasoirs, se cache des vertus insoupçonnées enracinées dans les traditions Romani, au sommet desquels, la loyauté. Les séquelles irréversibles de la première guerre mondiale sont une souffrance autant qu'une fierté, brandie à chaque injustice qui vient se frotter aux shelby. L'apparente amoralité du clan shelby n’égale que la moralité de facade de l’inspecteur Campbell. Le parallèle est d’ailleurs intéressant. La « Shelby’s compagny sera propre », c’est le leitmotiv de tomy . La fable, de david contre goliath, constitue l'essence même de l’histoire. Le gangster des bas-fonds de small heath qui tire les ficelles en coulisse devient un politicien et un chef d’entreprise respecté. L’anti-heros, le bad boy au coeur pur, comme il n’en existe qu’un par époque.. Le roi des Romani que tous les petits peuples en quête d’identification rêvent de voir réussir pour obtenir justice.
En un battement de cil, le long métrage fait tout disparaitre au point de croire en un mirage en repensant à la série. Comme si toutes les aventures n’avaient finalement jamais existé. Que rien n’avait été accompli. L' atmosphère vide et lugubre du manoir déchu symbolise ce néant qui a visiblement effacé d’un trait de plume l’histoire des shelby et de leurs membres.
La mort d’arthur suggérée dans le film est aussi illogique que grotesque. Aucune fin auréolée de gloire n’aurait pu satisfaire l’essence tortueuse du cadre et de l’histoire. La grisaille, la nostalgie des grandes heures du Garrison sont loin et c’est normal, on étaient prêts pour ca. Le fog des campagnes Anglaises,
les roulottes noires cheminant avec le corps et les souvenirs de tomy pourquoi pas (même si, soyons honnête sur ce point, l’envie secrète de voir un Thomy shelby triomphant et gravé dans la pierre restera un fantasme inavoué pour beaucoup)
.
Malgré un fond discutable, la forme n'est pas moins épargnée. L'état pitoyable de Tomas shelby aux prises avec ses démons passés est pour le moins incompatible avec le quasi détachement de la
scène d'adieux à sa soeur Ada
qui semble n'être qu'une contrariété parmi d'autres.. L'état de confusion et de folie balayé en une séquence pour un tomy au meilleurs de sa forme dans la séquence quasi suivante. La très étrange belle soeur/voyante sortie de nul part et dont les interventions sont lunaires... Et la liste est longue. Le fim a vidé de sa substance la série en laissant une impression tenace de rien. Un grand rien . Là ou la série est ancrée dans le réel, on comprend le dessein de Knight de tirer sa révérence avec une fresque romanesque abstraite teintée d'un coup final explosif comme pour dire "oui on se rappelle de cette ancienne série appelée peacky blinders".
Le casting est pourtant incroyable, et mention spéciale à barry keoghan, qui réalise une performance d’équilibriste sous une pression que l’on devine énorme, avec une matière peu satisfaisante il parvient à s’en tirer avec brio. On ne peut enfin que regretter amèrement, même si ce n’était pas possible,l’absence du virtuose paul anderson. En conclusion, ce tableau impressionniste de deux heure laisse une amère sensation d'inachevé, de tristesse empreinte d'une touche de colère après la réalisation d'une série restera à jamais une anthologie inégalée.