Etes-vous prêts aux ténèbres ?
David Cronenberg a 82 ans et il est toujours aussi friand d’étrange et de science-fiction. Ça nous a déjà valu quelques perles comme Vidéodrome, la Mouche, Spider ou Les promesses de l’aube. Mais 120 minutes plus tard je m’interroge… Karsh, 50 ans, est un homme d’affaires renommé. Inconsolable depuis le décès de son épouse, il invente un système révolutionnaire et controversé, GraveTech, qui permet aux vivants de se connecter à leurs chers disparus dans leurs linceuls. Une nuit, plusieurs tombes, dont celle de sa femme, sont vandalisées. Karsh se met en quête des coupables. Un film à la fois torride et morbide… un cocktail cher à son réalisateur. Mais, si la base de l’intrigue est intrigante et dérangeante, quel besoin Cronenberg a-t-il eu de partir et de se perdre dans des délires conspirationnistes et paranoïaques ? Dommage, j’étais prêt à aimer ce film.
Dans la plupart des rites funéraires, ce qui compte, c’est de nier la réalité de la mort, donc en effet de cacher les corps. Ce scénario est allé à l’opposé, les linceuls digitaux révèlent au lieu de dissimuler. C’est évidemment la belle idée originale qui sert de base à ce film. Cronenberg a écrit Les Linceuls en réaction à la perte de sa femme, survenue en 2017. Initialement pensé comme une exploration technique du rapport entre les vivants et les morts, le projet est devenu une sorte de voyage émotionnel et introspectif sur le deuil et la mémoire. Mais voilà, à partir de l’acte de vandalisme - expliqué dans le pitch -, une sorte de thriller bien venu se met en place. Hélas, ça tourne court pour céder la place à des divergences sans grand intérêt à la fois d’espionnage, de conspirationnisme et de tranhumanisme – cher à un certain d’Elon Musk… ce qui expliquerait l’énorme et très agaçant placement de produit pour la Tesla… sûrement un hasard -. Contrairement à de nombreux films de science-fiction qui diabolisent la technologie, celui-ci la présente comme une extension de l’humain. Si l’on ne parle que de cinéma, c’est magnifique, Cronenberg est un maître, photo, lumières, décors et direction d’acteurs… c’est la perfection. Mais le fond est trop discutable et inutilement alambiqué pour créer une quelconque émotion, sinon un profond agacement.
Pour l’occasion Vincent Cassel est littéralement transformé en clone du cinéaste. C’en est troublant. Il est entouré – et souvent de très très près… je en sais pas si je me fais bien comprendre - par Diane Kruger et Sandrine Holt. Ajoutons à ce haut d’affiche l’excellent Guy Pearce. Ce fascinant auto-portrait se veut une réflexion crépusculaire sur la mort , malgré l’humour pince-sans-rire qui parsème ce film, son romantisme macabre est balayé par la paranoïa galopante du cinéaste, sans parler des longs, trop longs, dialogues abscons qui plombent le rythme de ces deux heures. Une petite moyenne pour la forme exceptionnelle, mais sans plus.