Les deux épisodes de ‘The raid’, sortis en 2011 et 2014, furent à leur façon des phénomènes marquants. Un réalisateur gallois y orchestrait la rencontre d’un territoire encore inconnu du cinéma (Jakarta), d’un style de combat tout aussi obscur (le pencak-silat) et d’une forme d’action mutante entre cinéma HK, mangas et jeux vidéo. Purs films d’action, ils ne reposaient pas sur un scénario ou des prestations qui pouvaient susciter la moindre passion mais paradoxalement, ils renfermaient plus de moments à la mise en scène fascinante et de waouh-effects démesurés que la plupart des autres films sortis ces années-là. Depuis, du même Gareth Evans, j’ai vu ‘Le bon apôtre’ sur Netflix, qui ne m’a pas marqué outre-mesure, tandis que ‘Ravage’ semble opérer un retour - occidentalisé - à ce qui faisait le sel des deux films indonésiens, dans une pseudo Gotham City nocturne reproduite dans les rues de Swansea. Premier constat : le scénario se devait d’être moins symbolique, de correspondre aux normes de construction du polar occidental, même si cette histoire de flics ripoux et de triades qui crient vengeance a été vue et revue tant et si bien qu’elle semble désormais insipide. D’autre part, la mise en scène reste moins nerveuse que celle des premiers films de Gareth Evans, même si elle reste sans commune mesure avec celle du polar hollywoodien moyen. La fougue virevoltante d’autrefois a cédé la place à quelque chose de plus “minéral� : ça tombe bien, c’est Tom Hardy, le plus minéral des acteurs, qui tient le rôle principal. Les deux scènes de baston clé, dans la boîte de nuit et dans le châlet, possèdent leurs moments mais un plan-séquence qui tue de vingt minutes, s’il avait été privilégié, aurait changé l’intégralité du regard qu’on aurait porté sur le résultat. ‘Ravage’ essaye de compenser ces choix du moindre effort avec une extrême violence qui, si elle est courante en Asie, est moins fréquente dans le cinéma euro-américain : c’est vrai, pourquoi tirer une balle dans la tête d’un ennemi si on peut lui en tirer cinq cent ? Cette violence, souvent inventive, a d’ailleurs plus à voir avec le cinéma gore qu’avec le film à flicailles mais c’est ainsi : ‘Ravage’ sera d’autant plus convaincant que vous n’aurez pas une expérience approfondie des principales sources d’inspiration de Gareth Evans. En tout cas, la place de N°1 brièvement squattée par le film sur Netflix et les commentaires dithyrambiques de ceux qui l’ont vu auront achevé de me convaincre que les spectateurs de Netflix n’ont jamais vu grand chose d’autre…