Havoc déçoit pas mal, et je dois reconnaître que j’ai été à moitié satisfait par ce métrage. Dans les points positifs du film, on peut dire qu’il y a l’ambiance. Le côté Gotham, ville très sombre, hostile, poisseuse, ça marche plutôt bien, et je dois avouer que le côté parfois très numérique des images sert encore cette esthétique en lui donnant un petit côté bd-comics qui fonctionne bien. Cette ambiance est accompagnée d’une photographie soignée, avec un vrai grain, des couleurs bien employées, et la réalisation est très efficace dans les scènes d’action. Le réalisateur prouve encore une fois qu’il a son style dans l’action, et si certains apprécieront sans doute davantage le côté posé et chorégraphique des combats d’un John Wick par exemple, ceux qui préfèrent le bourrinage avec une caméra en mode grand 8 qui se balade continuellement au milieu de la bagarre auront de quoi se satisfaire dans des scènes de combat violentes, viscérales et percutantes.
Maintenant, ces bons points tranchent avec d’autres bien moins convaincants. Déjà, pour rester dans l’action, ok il y a du sang, mais ce n’est pas crédible. Les giclées ne sont pas convaincantes, il y a un côté « grand-guignol » qui tranche avec le ton très sérieux du film. Alors peut-être que ça rejoint le côté « comics » évoqué précédemment, mais j’ai un léger doute. J’ajoute que les séquences les plus violentes ne sont finalement pas vraiment montrées, et que les balles font plus gicler du sang que d’abimer vraiment les corps. Si vous attendez une scène comparable à celle des escaliers de Total Recall avec Schwarzie, c’est mort, même un chargeur entier de gros calibre ne fait pas de vrais trous ! Ca m’a un peu gâché le plaisir de scènes d’action qui par ailleurs ne sont pas très nombreuses. Au final, on a un peu le sentiment que le film est lent, et on en ressort en ayant un sentiment de pas assez. Ce sentiment est sûrement aggravé par une conclusion décevante, qui m’est apparu comme un authentique pétard mouillé vu qu’on a des scènes d’action bien supérieures avant dans le film.
Le scénario est du reste un gros souci. Outre ces difficultés de rythme, dommageables dans un film d’action de 100 minutes, l’histoire est extrêmement simpliste et en même temps extrêmement elliptique. C’est paradoxal, et quand ça arrive dans un film, c’est qu’il y a un problème. Le métrage nous présente énormément de protagonistes, mais on ne sait rien d’eux, on ne saura rien d’eux et ils n’arrivent pas à avoir une véritable épaisseur au film du métrage. Certains passent et puis ils s’en vont, ils meurent, et franchement, on a l’impression d’avoir croisé des ombres. Le héros lui-même à ce souci, mais le cas de Whitaker est encore plus prononcé, sans parler de la chef mafieuse qui au final ne sert à rien ! Multipliant les zones d’ombre, n’arrivant pas à structurer son héros de façon convaincante, ajoutant des personnages secondaires sans leur donner une place satisfaisante et justifiée dans l’intrigue, si on retire les scènes d’action, il ne reste malheureusement pas grand-chose à se mettre sous la dent dans Havoc.
Les acteurs sont plutôt bons, et de fait on regrettera d’autant plus une écriture pas à la hauteur. Jessie Mei Li est clairement celle qui aurait pu tirer son épingle du jeu. Son personnage est différent des autres, moins gris, plus candide, il aurait dû être la figure attachante du film et peut-être le fil conducteur mais l’actrice n’aura malheureusement pas la place escomptée. Whitaker est en mode guest-star, Timothy Olyphant n’a rien à défendre hormis de serrer les dents et de râler… Le petit duo de jeunes est sympathique, mais là aussi on ne sait pas vraiment ni d’où ils viennent, ni où ils vont et leur amour n’est pas vraiment développé. On ne le voit guère à l’écran. Quant à Luis Guzman il vient en semi-comique de service, c’est un poil ridicule et on s’attarde avec lui inutilement.
En conclusion, Havoc remplit le contrat je dirais pour trois scènes d’action, et encore, ceux qui sont allergiques au numérique auront du mal avec l’une d’elles. Pour le reste, les plus gentils tiendront sans trop de souci en profitant d’une ambiance bien poisseuse, d’une image léchée, d’une bande son appréciable également, et arriveront sans trop de difficulté à prendre un plaisir coupable. Les autres clairement grimaceront. 3 quand même car dans l’action actuelle, ça reste tout de même plutôt dans le haut du panier.