Christopher Andrews a puisé dans son vécu familial pour façonner l’histoire du film. Issu d’un milieu où coexistaient catholiques et protestants, il a grandi dans une atmosphère de tensions et de divisions. Ce contexte personnel a nourri son exploration de la masculinité et du poids des figures paternelles. Une parabole religieuse a également inspiré le scénario :
"Et si le berger, après avoir abandonné les 99 brebis pour aller chercher celle qui s’est perdue, revenait et constatait que son troupeau avait été blessé ou massacré ?" Cette idée traverse tout le film, liant le drame intime à une réflexion plus large sur la responsabilité et la vengeance.
Paul Mescal et Tom Burke devaient initialement jouer les deux personnages principaux, mais ont quitté le navire parce que le projet n'aboutissait pas. Par la suite, lorsque les choses se sont concrétisées, Barry Keoghan et Christopher Abbott les ont remplacés.
Si l’histoire était initialement située dans le comté de Cumbria, en Angleterre, Andrews a finalement choisi l’Irlande comme décor. Il a été fasciné par les paysages de l’ouest du pays, qui confèrent au film une ambiance à la fois sauvage et intemporelle : "Le relief ne procure pas le même sentiment de claustrophobie qu’en Cumbria, où les montagnes sont très hautes et écrasantes."
Le cinéaste a préféré situer l’action dans une région indéterminée, comme un "monde à part" qui fonctionne comme une métaphore de l’Irlande. En plus des décors naturels impressionnants, il a intégré la langue gaélique dans le film, collaborant avec un répétiteur pour traduire les dialogues : "L’usage du gaélique nous a permis de fouiller les personnages et les subtilités de leur lexique."
Comme une grande partie de l’intrigue repose sur un massacre de moutons, le réalisateur devait trouver un moyen de montrer cette scène de manière crédible, sans mettre les animaux en danger. Pour cela, il a collaboré avec un sound designer afin de recréer les cris d’un troupeau attaqué. Andrews raconte avec humour : "J’ai découvert que j’avais un talent caché ! Je savais reproduire le cri des moutons angoissés". Ces sons ont ensuite été modifiés et amplifiés pour rendre la scène encore plus oppressante.
Christopher Abbott, qui incarne Michael, a dû relever plusieurs défis pour son rôle. Non seulement il a dû apprendre le gaélique et s’approprier l’accent irlandais, mais il a aussi passé du temps à s’habituer au contact des moutons. Quant à Barry Keoghan, qui interprète Jack, il a dû donner au personnage une profondeur inattendue : "Il a une connaissance instinctive du personnage. Il lui a donné une envergure qui dépasse largement la description du scénario."
Le Clan des bêtes interroge la manière dont la violence s’installe et se perpétue au sein des communautés rurales. Christopher Andrews s’est inspiré de véritables attaques de troupeaux pour nourrir son scénario, mais il y voit un parallèle plus large avec les conflits humains : "Il suffit parfois d’un événement banal pour démarrer une guerre, mais y mettre fin exige de l’humilité et de l’empathie", raconte-t-il.
L’un des thèmes majeurs du film est la pression sociale exercée sur les hommes évoluant dans un environnement rude et dominé par des figures patriarcales. Christopher Andrews explique : "Ils ne peuvent parler de ce qu’ils ressentent à personne. Ce serait risqué. C’est un terrain miné". Michael et Jack, les deux personnages principaux, sont profondément marqués par leurs pères respectifs, qui incarnent chacun une facette de cette masculinité dure et impitoyable.
Pourtant, le réalisateur voulait aussi montrer qu’ils sont victimes d’un conditionnement : "On se rend compte qu’ils se sentent obligés d’adopter ce comportement, qu’ils n’ont pas le choix. Jack peut être extrêmement brutal et agressif, mais on sent bien que, parfois, il aurait besoin que quelqu’un le prenne dans ses bras."