Ce film est présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2024.
Si La Pampa est le premier long-métrage d’Antoine Chevrollier, il a fait ses gammes à la télévision, en réalisant notamment plusieurs épisodes du Bureau des Légendes et de Baron Noir. Ensuite, Disney lui a proposé de mettre en images l’histoire de Malik Oussekine sous forme de série, et c’est durant ce projet qu’il a songé à La Pampa, comme il l’explique : "Est-ce qu’on allait m’autoriser à filmer ce qui est indispensable à mes yeux ? C’est une question que je me pose beaucoup et dès l’écriture […] Sur La Pampa, je me suis demandé comment singulariser un propos qu’on a déjà vu cent fois : le coming-of-age, la masculinité toxique, etc. La réponse se trouve, je crois, dans mes personnages, dans leurs trajectoires."
L’écriture de La Pampa s’est faite à six mains ! En effet, Antoine Chevrollier collaborait avec la scénariste Bérénice Bocquillon et il a sollicité ensuite l’aide de la romancière Faïza Guène, qui a travaillé en détails la caractérisation des personnages.
Antoine Chevrollier a travaillé pendant trois ans sur l'écriture de La Pampa et a rapidement emmené ses co-scénaristes dans son village natal de Longué-Jumelles en Anjou, afin de les imprégner des lieux. La Pampa est un endroit qui existe réellement, à quelques kilomètres du village d’enfance du cinéaste.
Antoine Chevrollier compare son travail à la mise en scène à "un trait direct". Il souhaitait également ne pas influer sur l’émotion du spectateur et le laisser libre d’être ému lorsqu'il le souhaite. Son credo ? La sobriété et la pudeur. Une ligne directrice que le réalisateur utilise également dans sa direction d’acteurs, "dépouillée d’artifices". En revanche, la lumière, les mouvements et les focales contrastaient volontairement avec cette sobriété et devaient avoir une "forme d’amplitude, pour charger le film de l’intensité que les personnages traversaient."
Si Antoine Chevrollier a eu un choc à l’âge de huit ans en voyant Fenêtre sur Cour d’Alfred Hitchcock à la télévision, il est aujourd’hui très inspiré par les cinéastes Andrea Arnold, Cristian Mungiu et Andreï Zviaguintsev. En outre, le réalisateur a beaucoup écouté Glenn Gould pendant l’écriture du film.
Antoine Chevrollier insiste pour dire que La Pampa n’est pas autobiographique. En revanche, il s'est fortement inspiré de son enfance, comme la scène d’ouverture où Jojo traverse la route, ce que faisait le réalisateur lui-même à vélo. De même, il a souhaité tourner dans la rue où il a vécu ainsi que dans l’église où il a enterré ses proches.
Le choix du moto-cross n’est pas anodin dans La Pampa. Le lieu abritait la première manche du championnat de France de super cross, qui attirait de nombreux spectateurs. De plus, ce sport avait une dimension symbolique qu’Antoine Chevrollier voulait explorer, comme il le confie : "Le moto-cross, c’est un sport très testostéroné ; aux codes souvent masculinistes, pratiqué par des hommes de classe moyenne ou des prolétaires et où se confondent la mécanique et la musique forte. C’est pour moi un univers très cinégénique. Les hommes et leurs enjeux virilistes dans le monde du sport m’ont toujours fasciné".
Antoine Chevrollier avait déjà exploré le machisme dans le sport dans le clip Texas Switch du groupe Bagdad, et qui se déroulait cette fois sur un terrain de foot.
La sexualité de Willy est reléguée au second plan dans La Pampa, pour mettre davantage en avant sa différence de classe sociale avec le personnage de Marina. D’ailleurs, le baiser entre eux, écrit dans le scénario, a été supprimé au moment du tournage.
Le point de vue du film est bouleversé dès l'issue tragique de Jojo. Grâce à un mouvement de caméra, Willy passe d'un coup au premier plan. Des séquences tournées au steadicam, où la caméra devient, selon Antoine Chevrollier : "la respiration de Jojo".
C’est la quatrième fois que le réalisateur collabore avec Sacha et Evgueni Galperine pour la musique. Pour La Pampa, ils ont souhaité changer de méthode de travail, puisque, cette fois, les compositeurs n’ont pas lu le scénario en amont et se sont contentés du résumé oral du cinéaste. Après avoir échangé sur quelques références photographiques ou musicales, les frères Galperine ont enregistré quelques extraits sur leurs téléphones et cela a convaincu Antoine Chevrollier.
Chez Antoine Chevrollier, les répétitions ne se font pas seulement avec les comédiens, mais avec l’ensemble de son équipe, comme le chef opérateur, la scripte ou le premier assistant. Une manière selon lui pour les acteurs du film de s’imprégner du texte et des personnages. Par la suite, l’ensemble de l’équipe a répété dans les décors et si le réalisateur avait une suggestion de mise en scène à faire à un acteur, il lui chuchotait son conseil à l’oreille pour ne pas influer sur son partenaire de jeu.
Mathieu Demy, avec qui Antoine Chevrollier a déjà travaillé en tant qu’assistant réalisateur, fait une apparition dans le film dans le rôle d’Étienne.
Parmi les seconds rôles, Antoine Chevrollier a fait le choix d’Artus, davantage habitué à la comédie. Un acteur que le cinéaste avait déjà casté sur Le Bureau des Légendes et qui le voyait bien à contre-emploi, dans un rôle de taiseux. Pour incarner Teddy, Artus a accepté de perdre beaucoup de poids.
Sayyid el Alami avait déjà joué pour Antoine Chevrollier dans Oussekine et son jeu a convaincu le réalisateur de lui proposer le rôle de Willy. En revanche, pour Jojo, il cherchait impérativement avec la directrice de casting Alicia Cadot un acteur queer et ils ont été séduits par les essais d’Amaury Foucher.
Amaury Foucher s’est intensément préparé pour le rôle, avec l’aide d’un coach et du réalisateur, qu’il a vu pendant plusieurs mois. Il a également pris des cours de moto.
Pour construire la complicité entre les deux acteurs et pour qu’elle transparaisse à l’écran, l’équipe leur a pris des billets de train pour Longué-Jumelles et les a laissé libres pendant trois jours. Ils ont été livrés à eux même et en ont profité pour faire les 400 coups, notamment en taguant les murs de l’hôpital désaffecté que l’on voit dans le film. Ces quelques heures passées ensemble ont scellé une profonde amitié entre les deux acteurs.