Oxana revient sur le parcours d’Oksana Chatchko, révolutionnaire et militante ukrainienne, décédée à Montrouge le 23 juillet 2018, à l’âge de 31 ans. Passionnée par l’art, elle a utilisé son corps à des fins politiques afin de faire passer différents messages autour de la précarité, du féminisme, du consumérisme ou encore de la corruption.
Oksana Chatchko est à l’origine du mouvement des Femen, qu’elle fonde en 2008 avec deux autres femmes, Anna Hutsol et Aleksandra Shevchenko. Politique, féministe et artistique comm il se revendique, le mouvement se distingue par plusieurs actions fortes comme le fait de dévoiler sa poitrine. Un geste symbolique qui apparaît pour la première fois en 2009 lors d’une manifestation du collectif à Kiev, en Ukraine.
Deuxième long-métrage Charlène Favier, Oxana est aussi inspiré de la vie de la cinéaste. Comme son personnage, la réalisatrice a connu une adolescence mouvementée, avec des phases d’autodestruction et des découvertes initiatiques. En outre, à l’instar d’Oxana, Charlène Favier a également connu plusieurs proches qui se sont suicidés.
Oxana réinvente le dernier jour de la vie d’Oksana Chatchko. Charlène Favier souhaitait filmer les dernières heures d’une existence. Dans le film, l’errance parisienne d’Oksana est un contrepoint à sa vie en Ukraine. Plus la journée avance, plus les souvenirs de la jeune femme sont douloureux et sombres.
Avant de se suicider, Oksana Chatchko avait publié un dernier message sur Instagram, "Your are fake" (en français, "vous êtes faux"). Pour mettre ces paroles à l’écran, la réalisatrice est partie d’une photo de la militante lors de la manif pour tous à Paris, où elle apparaissait avec le corps entièrement peint. La cinéaste a choisi de réinventer ce moment en imaginant l’intimité de cet instant pour en faire une scène majeure du film, mêlant la révolte et le désespoir.
Charlène Favier a commencé à travailler sur le scénario de son film en 2021 alors que le monde traversait encore la crise de la Covid. Lorsque les restrictions sanitaires ont finalement été levées, la réalisatrice et son équipe avaient pour projet d’aller en Ukraine pour faire des repérages et rencontrer des actrices. Mais cela n’a finalement jamais pu se faire en raison de la guerre avec la Russie qui s’est déclarée en février 2022.
À l’écran, le personnage d’Oxana est magnifié. Charlène Favier souhaitait en faire une icône et que le film ressemble à un tableau. Pour y parvenir, elle s’est inspirée de son expérience personnelle puisque sa mère est peintre. Avec son équipe technique, la réalisatrice a également travaillé à partir de toiles de Delacroix et Géricault ainsi qu’avec des photographies de l’artiste Siân Davey.
À l’instar de Slalom, le premier film réalisé par Charlène Favier, Oxana est une œuvre engagée, qui s’intéresse à la fin de l’innocence au travers de la condition des femmes et du poids du patriarcat. Comme Lyz dans son premier film, la réalisatrice voit son personnage comme une véritable survivante.
Oksana était originaire d’une famille orthodoxe très croyante. La religion, tout comme la peinture, ont été de véritables refuges pour la jeune fille dont le talent a justement été repéré par l’Église qui lui a passé plusieurs commandes. Aux yeux de l’institution religieuse en Ukraine, Oksana avait un véritable don.
Le tournage d’Oxana a été un véritable challenge pour Charlène Favier, puisque ses comédiens ne sont pas francophones. De son côté, elle avait dû mal à s’exprimer en anglais. Néanmoins, la réalisatrice a surtout dirigé ses acteurs en travaillant sur les émotions par le corps et en se nourrissant de son expérience à l’école Jacques Le Coq, une école de mime à Londres.
L’écriture du film a pris plusieurs années. En compagnie de son co-scénariste Antoine Lacomblez, Charlène Favier s’est lancée dans une longue enquête pour saisir au mieux la personnalité d’Oksana Chatchko. Après une première mouture qui allait un peu trop du côté du documentaire à son goût, la réalisatrice s’est adjoint les services de Diane Brasseur, romancière et scripte pour le cinéma, afin de proposer un vrai film de fiction.
Le film a une structure en boucle puisque l’ouverture et la fin se concentrent autour d’une fête traditionnelle et mystique, méconnue en France, à savoir la nuit de Kupala. Il s’agit de la célébration du feu, de l’eau, de la fertilité et de la puissance de la nature. Elle symbolise un moment de passage où la lumière et l’obscurité dansent en équilibre, lors du solstice d’été. Il s’agit d’une fête traditionnelle, teintée de spiritualité.
Oxana est aussi le récit du lien fort qu’entretenait Oksana Chatchko avec sa mère. Lors de l’écriture du scénario, Charlène Favier s’est entretenue avec cette dernière et cette rencontre l’a bouleversée. La relation fusionnelle de la jeune activiste avec sa mère avait déjà été abordée dans le documentaire Je suis Femen d’Alain Margot, en 2014.
Charlène Favier retrouve pour la seconde fois Noée Abita, qu’elle avait déjà dirigée dans Slalom. Elle interprète ici le rôle de la peintre Apolonia Sokol, dont l’œuvre a fait l’objet d’un documentaire sorti en 2024, Apolonia, Apolonia de Lea Glob.