Magnificat
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Cinememories

584 abonnés 1 664 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 21 juin 2023
Des femmes en noir, voilà comment Anne-Isabelle Lacassagne définit l’enseignement de la foi dans son roman, à travers la parole de femmes, à la barbe et au nez des hommes d’Église. Les acquis d’assistante de production lui ont permis de passer derrière la caméra dans une succession de téléfilms et d’épisodes de série avant de trouver le chemin du grand écran. Virginie Sauveur est attendue pour son étude des rapports homme-femme aux côtés de Nicolas Silhol, co-scénariste sur Les Éblouis et prochainement comme réalisateur dans Anti-Squat. Il s’agit pour eux d’adapter des pensées au cœur d’un milieu religieux, que l’on prend soin d’ausculter à travers son administration.

Un prêtre succombe en laissant un corps féminin sous sa chape. Comment ce Pascal Foucher a pu dissimuler une telle information qui bouleverserait l’ordre de l’Église ? Charlotte, chancelière du diocèse (Karin Viard), prend la charge d’une enquête que l’évêque local (François Berléand) souhaite étouffer. Débute alors un cycle de frustration qui vise à désacraliser l’ordre des prêtres, dont la sagesse et l’ouverture d’esprit ont besoin de renouvellement. Les couleurs chaudes ne sont pas pour autant absorbées par la photographie de Noémie Gillot, qui laisse toujours un rayon de soleil passer ou capte à défaut un feu de camp pour se réchauffer. C’est de l’espoir dont il s’agit, un espoir que les personnages intériorisent de toute leur force.

N'oublions pas que Charlotte est également une mère qui doit encore gérer les sautes d’humeur de son fils Thomas (Maxime Bergeron), qu’elle a dû élever seule et dans un sentiment de culpabilité. Lui aussi prie en silence dans l’espoir de retrouver son père, avec qui le lien spirituel s’affaiblit. Chacun cherche des réponses, d’autres préfèrent éviter le deuil et les questions qui fâchent. Ce n’est qu’après une virée dans une communauté, dont la liberté est croquée à pleines dents, que Charlotte réalise que la foi serait le péché originel. Le message est fort, poignant et les interrogations autour de la transidentité méritent qu’on s’y attarde un instant.

Le film en appel à la lucidité de la société occidentale contemporaine, là où la gent féminine tutoie rarement les sommets de la hiérarchie et dans ce milieu religieux plus encore. Quand il s’agit de vivre de ses convictions et que les barrières spirituelles se dressent devant elles, il ne reste plus qu’à abandonner ce manteau de peau qui a longtemps conditionné l’épanouissement des individus. Ce discours est élégant et ne tâche pas cette foi qui résonne encore dans les messes où l’on chante le Magnificat. Sans vouloir prêcher la parole de Dieu, le film préfère bénir celles et ceux qui ont le courage de transgresser les codes moraux pour avoir un pied au paradis, un sanctuaire qui ne doit en aucun cas être filtré selon son genre.
Stéphane A
Stéphane A

9 abonnés 3 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 20 juin 2023
Des intrigues qui s'entremêlent avec brio et des acteurs d'une justesse rare pour aborder des sujets encore souvent tabous. Bravo !
Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 646 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 1 juin 2023
"Magnificat" est l'adaptation du roman "Des femmes en noir" d'Anne-Isabelle Lacassagne. Il ne s'agit pas d'un fait réel, mais ça aurait été franchement cool ! A la mort d'un prêtre, le diocèse découvre qu'il s'agissait en réalité d'une femme. L'évêque souhaite étouffer l'affaire alors que la chancelière, jouée par Karin Viard, souhaite enquêter afin de comprendre comme une telle imposture a été possible. Loin de ses habitudes, l'actrice se révèle douce et calme et fait énormément de bien à cette investigation originale et enivrante.
traversay1

4 482 abonnés 5 353 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 31 mars 2023
L'histoire de Magnificat est très originale, ce qui n'est pas si souvent le cas dans notre cher cinéma français. Ce n'est pas La femme du prêtre de Dino Risi mais bel et bien le prêtre était une femme, ce qui suscite un certain tumulte au sein de l’Église. Le sujet était celui du roman, qui a servi de base au film, mais cette intrigue a été renforcée par une autre, plus classique, sans doute, mais qui rejaillit avec une certaine force sur la psychologie du personnage principal, chancelière diocésaine, un métier que l'on découvre pour l'occasion. L'intelligence de l'écriture de Magnificat se caractérise non seulement par le rythme et les surprises de son scénario mais aussi par l'habile équilibre obtenu entre la comédie (François Berléand, égal à lui-même, est de la partie) et le ton sérieux avec lequel est abordé le thème de l'exclusion des femmes à l'ordination, dans l’Église catholique romaine. Non que le film fasse acte militant mais la manière dont il aborde la question, en montrant l'absurdité de cette position dogmatique, ne manque de piquant. Dans ce premier long-métrage pour le cinéma de Virginie Sauveur (au nom prédestiné), Karine Viard, débarrassée de quelques uns de ses tics d'actrice, subjugue littéralement, comme touchée par la grâce. Il serait vraiment dommage que Magnificat passe sous les radars, tellement le film se révèle inspiré, romanesque et source de multiples débats, que l'on soit croyant ou non, peu importe.
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