Quelle liberté et quelle authenticité, dans ce cinéma pourtant très écrit!
Marion Cotillard, actrice avec laquelle j'ai habituellement du mal, incarne ici à la perfection... la haine. Elle en est effrayante, et l'on partagerait presque avec elle ses convulsions, sa dévoration intérieure. Pourtant, elle montre par ailleurs une grande humanité avec un autre personnage.
Ce qui porte également le film, c'est cet amour du réalisateur pour sa ville, Lille. Elle est là, qui scintille, partout dans l'espace et dans le temps, passé, présent...
Les personnages sont forts, et si vous n'êtes pas renvoyés à votre propre famille, à vos propres rancunes ou vos propres lâchetés devant celles des autres (autre thème fondamental du film, par le biais du neveu qui se fait passer un savon par
Melvil Poupaud
, et extrêmement vrai et intéressant selon moi), alors votre famille est "suspectement" bien parfaite...
La résolution tombe sous le sens, quoiqu'elle soit parfaitement
surnaturelle
, et portée par
la grâce
. Car il s'agit bien de
surnaturel ici
, pour Arnaud Desplechin qui devient de plus en plus
chrétien
au fil de son oeuvre : Marion Cotillard est véritablement
possédée
, et ne sera
exorcisée
qu'à la
mort de ses parents
, bénéficiant alors d'une
grâce venue d'en haut
. Moins convaincante en revanche, à vues humaines,
la réaction de Melvil Poupaud lorsque sa sœur lui demande pardon : en une seconde, uniquement "Ca va, ça va...", alors que c'est l'histoire d'une vie. Il ne faudrait pas que cela nous fasse croire que c'est aussi simple en réalité, le pardon demandé et donné. Cela peut prendre plus de temps, comme le film le montre pour la coupable.
Également, dans les premières minutes du film, la scène
surnaturelle
0
est spectaculairement réussie : on dirait un cauchemar, mais c'est la réalité! Superbe.
Merci M.Desplechin, et Mesdames et Messieurs les acteurs!