Un film complétement atypique, une sorte de conte rural et bucolique mêlant un expressionisme populaire et une poésie fantasmagorique. On est dans un milieu rural , dans la baie de Somme , pas loin de la mer, très pauvre, au sortir de la guerre de 14-18 et un combattant rentre au village, blessé et va devoir élever sa fille seul. On suivra alors les différentes étapes de son apprentissage : de petite fille , fillette, jeune fille et jeune femme. Le milieu environnant est hostile. Ces 2 personnages sont rejetés par les autres villageois pour de vieilles histoires. La jeune fille se forge une personnalité. Une sorte de vieille sorcière, la conseille. On frôle parfois la magie, puis on retombe dans du social pur et dur. Le mélange est réussi, parfois déroutant mais envoutant. On se laisse embarquer par ce style ,assez unique, y compris quand la jeune fille se met à chanter et que le film bascule en 2 ou 3 occasions en comédie musicale à la Jacques Demy , en plus rustique . Beaucoup de charme, cette jeune actrice/ chanteuse, Juliette Jouan a beaucoup de talent. Mais c’est surtout le personnage du père qui est exceptionnel, interprété par Raphael Thiery , que je n’avais jamais vu, alors qu’il a déjà fait pas mal de TV et quelques films. Il est rare qu’un personnage « match » si directement à son rôle. J’ai même cru que c’était un acteur non professionnel, un vrai ébéniste avant de lire son parcours. Epoustouflant. Très bons seconds rôles de : Noémie Lvovsky , Louis Garrel ou Yolande Moreau , qui ont eu bien raison de faire confiance à ce jeune réalisateur italien,
Il y a dans L’Envol quelque chose qui précède la beauté. Quelque chose d’antérieur à la musique, à la parole, à l’amour : un battement, une attente, un espoir trop grand pour le monde. Pietro Marcello, depuis Martin Eden, poursuit la même quête — filmer la foi des humbles, la lumière dans la boue. Ici, il la transpose dans un conte rural, où la terre devient mémoire et la voix, prière.
Un père, une fille, un violon, un ciel. Tout commence dans la cendre de la guerre. Le silence pèse comme un deuil collectif. Et puis, un été, la promesse : des voiles écarlates viendront l’emporter. Juliette, visage d’enfant et de prophétesse, attend, croit, chante — obstinément. La caméra, patiente, la suit comme on suit une apparition. Elle ne la raconte pas : elle la contemple, la bénit, la laisse se dissoudre dans la lumière.
Marcello filme les visages comme des icônes ternies. Chaque regard semble hériter d’un siècle de fatigue. Les couleurs — rouille, cuivre, or de poussière — vibrent comme des restes d’un monde ancien. On croirait voir un film retrouvé dans une malle d’archives, tourné à la main par un paysan mystique. Il y a dans chaque plan la ferveur d’un artisan, et dans chaque silence la foi d’un moine.
Mais cette beauté a son prix. Le récit, trop suspendu, trop pur, s’évapore. L’émotion glisse entre les doigts, comme un rêve trop tôt su. L’Envol frôle l’extase, puis s’endort dans la contemplation. On voudrait y croire plus fort, sentir le miracle éclore — mais la grâce, ici, reste promesse. Elle plane, elle attend, elle ne descend jamais tout à fait.
Alors on comprend : ce film n’est pas un voyage, mais une attente. Non pas un drame, mais une liturgie du désir. Juliette ne s’élève pas vers le ciel — elle apprend seulement à regarder la lumière sans fermer les yeux. Et dans cette leçon de persévérance, il y a déjà toute la vérité du cinéma de Marcello : croire que la beauté n’a pas besoin d’issue.
Quand les voiles écarlates paraissent enfin, on ne sait plus s’il s’agit d’un miracle ou d’un souvenir. Le conte s’achève dans le silence — ce silence qui n’est pas vide, mais offrande. L’Envol ne nous transporte pas : il nous élève à hauteur d’espérance.
Mélange des genres pas très réussi à mon sens. Ca commence de manière plutôt réaliste avec un sujet dramatique, l'insertion d'images d'archives, et au milieu du film ça dévie vers la comédie musicale avec des passages chantés tout ce qu'il y a de plus gnan gnan (et bien trop longs). Le thème de la sorcière est intéressant mais mal exploité, tiré vers le conte et donc sans crédibilité, sans non plus que cela apporte à l'esthétique du film. La sorcière, on sait depuis Jules Michelet que ce n'est pas celle qui fait des incantations magiques (inutiles et ridicules à l'écran) mais celle qui connaît le pouvoir (réel) des plantes, et ça aurait pu être bien plus intéressant ainsi. Les plus belles images et les passages les plus touchants sont celles/ceux en présence du père, en particulier lorsqu'il travaille le bois de son air calme et obstiné. Le personnage interprété par Noemie Lvovsky est assez bien interprété également, en revanche je n'ai pas trouvé la Juliette crédible, elle est trop moderne et citadine dans son élocution.
J’ai été bouleversée par ce film. Une si belle poésie ! Dans notre monde aseptisé, bêtifiant, que ce film sonne juste et nous transporte. Merci pour ce moment de grâce.
Un film comme un conte musical ou une poésie. Il ne faut pas venir ici chercher un scénario plein d'action mais plutôt des émotions, de la douceur, de la douleur et une déclinaison de l'amour filial. J'étais dubitative au début du film puis me suis laissée emportée par sa beauté.
Un film parfois un peu maladroit et dont les personnages manquent d'épaisseur à mon goût. Toutefois il y a des très beaux plans (nature, paysages, lumières, visages), une reconstitution intéressante aussi, pleine de petits détails, une certaine poésie également. Je crois que c'est mon premier film de ce réalisateur et son esthétisme me donne envie de voir le reste de son travail. Il y a des moments vraiment magnifiques. Mais le scénario me semble vraiment perfectible. Et j'ai ressenti un problème de fluidité. Il y a des scènes trop longues et des ellipses mal placées et je pense que quelques scènes manquent.
Ce long-métrage du réalisateur italien Pietro Marcello, sorti en 2022, possède une indéniable originalité en raison de son contenu poétique tendre et suranné. A la fin de la Première Guerre mondiale, un ancien poilu se retrouve seul pour élever sa fille. Malgré l’hostilité des gens du village, cet homme bourru mais doué de ses mains va se dévouer corps et âme. Après une entame très prometteuse, le récit prend des directions inattendues et souvent inégales. D’un drame social, on passe à un conte de fée assortie de scènes musicales moyennement réussies. Ce choix scénaristique reste déroutant et donne l’impression d’une œuvre incomplète. Bref, un film qui sort des sentiers battus mais qui finit par s’égarer.
L envol nous conte l histoire d un homme revenant blessé de la première guerre mondiale en retournant dans son village il apprend que son épouse est morte mais qu il a une petite fille dont il va peu a peu avoir un lien fort, malgré les rudesse de la vie nous voyons ces 2 personnages à travers ces années un amour fusionnel qui m emeut beaucoup. Le réalisateur comme d habitude use du naturalisme quasi documentaire par moments qui est pour moi le format juste même si par moments il y a quelques longueurs, notamment quand on voit le père travailler le bois qui est une bonne reconstitution des gestes et des conditions de travail au début du 20 ème siècle. De plus nous nous attachons peu à peu de la fille joue par une inconnue qui est formidable avec une poésie qui nous réjouit, l amitie qu elle nous avec une sorte de fée ou sorcière joue par yolande moreau est tellement bien mise en scène que s en est formidable. Bref un bon film poétique, naturaliste et exigeant à découvrir
Une chronique rurale d’après-guerre âpre et manquant un peu d’intensité, mais dont le charme opère grâce à une mise en scène élégante et son casting séduisant, notamment la révélation Juliette Jouan épatante de naturel. 3,25
Au-delà de belles images, d’un scénario hors sentier balisé, « L’Envol » c’est avant tout une trogne et des pognes, celles de Raphaël Thiéry. Une gueule de cinéma comme on dit. C’est un corps, impressionnant, vrai. Ce n’est pas celui d’un Dwayne Johnson ou autre catcheur converti au cinéma, sportif, sculpté pour séduire les femmes sur des plages californiennes. Raphaël, le personnage, a un corps usé par l’effort ; un corps en relation avec la terre, la matière. Un corps « rural ». A cela s’ajoute, un corps meurtri par une guerre des tranchées.
« L’Envol » permet à l’acteur, habitué à des troisièmes voire des quatrièmes rôles, de partager un premier rôle avec Noémie Lovsky et d'imposer sa stature et son talent dans un scénario que d’aucuns pourraient juger désuet, dépassé. Surtout dans sa forme. Pour un film d’époque, le réalisateur semble porter sa caméra à l’épaule. Une impression de prise de vue mode documentaire. Il donne à son film un caractère moderne tout en nous offrant quelques plans qui s’approchent de la peinture : captation de natures mortes dans l’atelier de Raphaël ou dans la cuisine de Noémie. Premier rôle pour Juliette Jouan dont le personnage apporte de la lumière dans cette ferme piquetée de pauvreté. J’avoue avoir craint l’ennui et je fus agréablement surpris de ne pas avoir vu le temps passé…
Après une adaptation remarquée du roman «Martin Eden» d’après Jack Landon (que je n’ai pas vu), le cinéaste Pietro Marcello retourne à ses adaptations littéraires avec «L’Envol». Dans ce récit, il nous conte l’histoire de Juliette, une jeune femme à qui une magicienne a promis une prophétie. Plein de douceur et de poésie, «L’Envol» est un film aussi énigmatique que le mélange de thèmes qui le compose. Tantô récit iniatique, histoire du passage à l’âge adulte, romance et film historique ; Pietro Marcello brasse les stylistes pour confondre le spectateur. Bien plus qu’un simple mélange de genre, ce film est tout simplement une déclaration d’amour au cinéma et un objet à part entière. Ce film si soignée, si délicat semble venir d’une autre époque tout en étant d’une très grande modernité. On y parle de harcèlement, de femme forte, d’homme et de femme qui rêvent d’autres choses que du mariage, de l’idéalisation de la guerre et des tabous familiaux. J’ai était transporter par ce film français comme rarement auparavant. Les acteurs offrent tous une prestation sans fausse note, surtout Juliette Jouan, révélation du film. On oubliera pas le très bon Louis Garrel, ou encore le touchant Raphaël Thiery. La photographie est somptueuse tout comme la mise en scène classique mais soignée et stylisée. Plus qu’un film c’est l’image d’une époque qui nous saute en pleine figure. Enfin «L’Envol» est peut-être l’un des meilleurs films de cette année. Il faut le voir pour le comprendre. Malickeen souvent, c’est un grand film de cinéma. En tout cas un diamand brut dont on se souviendra longtemps et qu’on espère qui raflera tout aux prochains Césars 2024.
On ne peut pas reprocher grand chose à la forme, la photo est très belle et les cadrages un vrai parti pris. C'est sur le fond que ce film pèche: le scénario navigue à vue, de façon assez maladroite, entre plusieurs styles sans jamais vraiment en embrasser aucun. L'ensemble apparait alors comme bien trop dispersé pour susciter un réel intérêt.
Petit film rural, musical, à l'esthétique très léchée, les plans sont beaux, tels des peintures, et la bande originale est très jolie. Seul Louis Garrel ne semble pas très investi car aucune émotion ne se dégage de cet acteur. Divertissant sans être forcément inoubliable.
Je découvre le cinéma de Pietro Marcello avec ce film (bien que Martin Eden me fasse de l’œil depuis sa sortie) et c'est un film sublime qui nous est offert avec L'envol. Déjà il faut parler des acteurs, qui sont tous formidables, notamment ceux qui jouent les personnages principaux : Juliette Jouan et Raphaël Thiéry. Rien qu'à voir leur gueule on croit dans leur personnage. Cet ancien poilu, habile de ses mains, cette jeune femme qui est la paria de son village et qui ne rêve que d'ailleurs. Ils ont la tête de l'emploi... (bon et Yolande Moreau et Noémie Lvovsky sont de toutes façons toujours formidables) C'est sublimé par la photographie, ce grain qui offre immédiatement un cachet à l'image, par moment on se dirait presque dans la maison des bois de Pialat. Et en même temps on a une caméra très libre, qui donne une image comme on en a (quasiment ?) jamais vue. Mais surtout Marcello n'abuse jamais, il ne va pas bouger la caméra juste parce qu'il le peut et c'est la même chose avec la musique. Parce que petit à petit le film devient de plus en plus musical et pourtant Marcello sait être dans le silence lorsqu'il y a un moment important, un moment touchant, pour ne pas voler l'émotion au spectateur avec une musique larmoyante. De la même manière il sait poser sa caméra lorsqu'il le faut et ne pas trop en faire.
Bref dès que le film se lance on voit qu'il a quelque chose en plus, par sa mise en scène, par sa photographie, par ses acteurs et immédiatement on est plongé dans cette histoire qui pourrait paraître assez classique, un type rentre de la guerre, il a une fille, sa femme est morte et il doit l'élever. Mais vu que le film n'est jamais dans le pathos, qu'il sait jouer avec les émotions, forcément on s'implique dans ce que l'on voit. Et ce que l'on voit c'est cette petite fille grandir. Et même si leur vie est plutôt triste, Marcello n'oublie jamais de montrer des moments de tendresse, de beauté, d'amusement, ce qui donne au film une certaine légèreté. On ne suit pas les malheurs de Juliette... On suit la vie d'une femme.
L'affiche nous vend une histoire d'amour, le titre l'envol nous laisse présager qu'elle va finir par s'envoler elle aussi avec un beau garçon venu du ciel... Tout le passage avec Louis Garrel est lumineux au possible... et j'aime que le film soit plus subtil que ça, qu'il nous tende une perche pour finalement jouer avec. Et pour ça la fin est très belle. Comme si le réalisateur nous disait : non mais c'est trop facile, c'est pas bien, c'est pas comme ça que ça doit se finir.
L'envol est un beau film, qui a absolument tout pour lui et il me tarde de voir Martin Eden.