Alors que "Friends" touche presque à sa fin, Jennifer Aniston tente un registre plus sérieux, plus dramatique, orientation qui ne durera pas puisqu'elle enchainera par la suite des comédies romantiques toutes plus oubliables les unes que les autres. Mais en attendant, nous sommes au début des années 2000 et, il faut bien le dire, elle brille dans ce film particulièrement pessimiste de Miguel Arteta.
On est ici dans du pur film d'auteur américain, c'est-à-dire avec une image qui parait un peu "crade" ou en tout cas vieillit et/ou terne, des décors et costumes minimalistes et puis c'est surtout très verbeux. Alors tout ça c'est avant tout pour mettre en avant les vies bien nulles de Justine et Holden, travaillant tous deux dans un supermarché. Et donc avec ces personnages, on a presque la caricature de l'anti-american dream. Pour l'une, elle a abandonné ses études pour un mari débile et un taff bien pourri et pour l'autre, toutes ses illusions tombent petit-à-petit à l'eau à mesure qu'il devient adulte, devenant alors un artiste torturé rêvant de suicide. Voilà, on n'est clairement pas dans le film le plus guai de l'année mais ça fonctionne !
Je me suis en effet attaché à ces personnages qui sont constamment en décalage de la société, qui tentent désespéramment de rentrer dans le moule sans y parvenir avant de tout abandonner pour vivre une idylle aussi passionnée que toxique. Car oui, ce sont des personnages assez toxiques chacun à leur manière. Justine manipule son entourage et en particulier son imbécile de mari mais veut en même se débarrasser d'Holden qui devient un fardeau au fil du temps (et ce, de la pire des manières possibles) mais en même temps, ce dernier lui fait constamment du chantage affectif et se comporte comme un gamin refusant de grandir.
D'ailleurs, la fin est terrible et continue sur ce même ton tragico-dépressif avec le suicide d'Holden et Justine qui se persuade de reprendre sa vie en main ; pensant sûrement qu'un bébé changera sa vie et son mariage.
Et puis, nous avons parlé d'Aniston mais elle a également Jake Gyllenhaal en face et ce dernier joue particulièrement bien, recyclant certes un peu le cynisme de "Donnie Darko" mais bon, ce personnage lui va si bien qu'on lui pardonne.
Bref, "The Good Girl" tombe certes quelques-fois dans l’écueil du drame américain qui en fait un peu trop par moments avec ses clichés et ses personnages archétypaux mais j'ai trouvé celui-ci assez juste et chaque spectateur aux tendances dépressives se reconnaitre un peu dans Justine ou Holden et c'est déjà ça !