"Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. Mortal Kombat II arrive donc chargé d’une dette et d’un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu’il sache enfin ce qu’il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l’événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l’envergure d’un blockbuster estival. Mais dans l’histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu’on veut sans savoir comment le faire, c’est une fatalité qui se répète."
"Simon McQuoid avait confié vouloir éviter la simple structure sportive du tournoi en y greffant les codes du film de braquage. L’idée est séduisante sur le papier, en donnant ainsi à chaque personnage un rôle actif dans une mécanique d’ensemble, en rompant avec la linéarité des affrontements et en créant de la tension en dehors de l’arène. À l’écran, la greffe ne prend pas vraiment. Le McGuffin d’une amulette, censé pimenter une confrontation déséquilibrée entre le seigneur de l’Outwold, Shao Kahn, et ses adversaires, vire rapidement au rembourrage narratif. La sous-intrigue ne complexifie pas davantage le récit, mais le dilue, dispersant une attention déjà sollicitée par une galerie de personnages à gérer. Et elle atténue précisément ce qui aurait dû être le moteur émotionnel du film : la trajectoire de Kitana."
"Le producteur Bennett Walsh en fait une fierté : dix-huit protagonistes. Le chiffre était censé impressionner, mais il finit surtout par accabler. Liu Kang, Sonya Blade, Jax, Sindel, Jade… autant de figures qui n’existent ici qu’à l’état de présences spectrales, suffisamment visibles pour satisfaire l’inventaire des fans et trop peu développées pour peser sur le récit. Ils apparaissent dans l’arène, frappent, puis disparaissent. Ce n’est plus de la mise en scène, c’est une gestion de stock. [...] Ce que le film réussit en revanche, c’est sa générosité visuelle envers la mythologie du jeu. Les arènes iconiques, comme le donjon du Pit avec ses pics au sol, le Dead Pool et ses rivières d’acide, témoignent d’un vrai soin de reconstitution. Le royaume d’Edenia, déployé en ouverture avec une ambition bienvenue, installe des enjeux clairs et donne enfin à la franchise une géographie que l’œil peut habiter. Les costumes sont au petit soin également. C’est là que le film se montre à la hauteur de son héritage, mais des décors fidèles ne peut tenir tout un récit."
"Dans ce ballet de présences mal exploitées, Johnny Cage devait être l’exception et la grande promesse du film, le personnage dont l’absence avait été le manque le plus criant du premier opus. Karl Urban, que l’on a vu composer avec une conviction rare des figures d’anti-héros abîmés dans Dredd puis dans The Boys, avait tout pour habiter ce registre. Il a le charisme, l’humour grinçant et cette capacité à donner de la profondeur à des hommes qui n’en méritent a priori pas. Il s’en sort, mais le film l’en empêche à moitié. Car Cage est ici trop longtemps réduit à sa condition de candide méta, l’acteur qui commente sa propre déchéance avec un détachement d’auteur, plutôt que de la vivre de l’intérieur. L’autodérision fonctionne par éclats, mais elle court-circuite l’attachement. Il y avait une profondeur dans laquelle le film ne s’aventure pas : celle d’un homme qui envisage de quitter définitivement le ring, et que la nécessité force à y revenir. Cette tension, entre l’envie d’en finir et l’impossibilité de se dérober, aurait fait de Cage un merveilleux personnage de cette saga. Mais le film en fait souvent une attraction."
"La vraie révélation du film n’est donc pas celle qu’on attendait. Adeline Rudolph s’impose en Kitana, princesse guerrière d’Edenia et fille endeuillée, avec une autorité tranquille. Son arc est pourtant celui qui aurait dû structurer l’ensemble. Elle est élevée dans l’ombre d’un tyran après le meurtre de son père, liée à Jade par une loyauté que la révolte commence à fissurer, et décidée à renverser Shao Kahn au moment précis où le tournoi lui en offre l’occasion. C’est le seul personnage du film dont la trajectoire dessine quelque chose qui ressemble vraiment à un drame. [...] En face, le culturiste Martyn Ford campe un Shao Kahn dont la stature physique impose une menace immédiate, animale, sans que le film ait besoin de l’expliquer. C’est le genre de corps qui occupe l’espace d’une façon que les effets numériques ne pourront jamais entièrement reproduire. Que le personnage et ses pouvoirs soient peu écrits importe moins que cette matérialité écrasante. Dans un film qui souffre souvent d’un trop-plein de CGI, Shao Kahn a au moins le mérite d’exister physiquement. Ce qui n’est pas rien, quand tout le reste flotte."
"À quelques mois d’un reboot délibérément kitsch de son rival juré, Street Fighter, dont la nouvelle adaptation s’annonce peut-être avec une impertinence que Mortal Kombat II n’aura pas su trouver, la franchise de McQuoid manque l’occasion de marquer les esprits avec l’univers riche et sanglant qui continue de faire sa gloire. En cherchant à satisfaire les fans à tout prix, le film a oublié de se construire un point de vue. Tout cela ne l’empêchera pas de trouver son public et probablement de cartonner. Il y a une clientèle pour ce genre de plaisir régressif et assumé, qui vient en découdre avec des fatalities bien gores et des personnages qu’on aime depuis l’enfance. Ce public-là repartira satisfait, et il aura ses raisons. Mais ce n’est pas parce que Mortal Kombat II est un divertissement populaire qu’on ne peut pas s’étouffer avec son pop-corn. Le film trébuche sur sa propre fatalité. À force de vouloir tout donner, il retient ses coups. Kitana et Johnny Cage méritaient un meilleur film. L’ensemble reste une occasion manquée, plus frustrante que le vide clinique du premier opus, parce que les promesses y étaient plus grandes et les moyens plus conséquents."
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