Au même titre que La troisième guerre, le film précédent de Giovanni Aloi, Le Domaine va diviser son monde. Il prend son inspiration dans un fait divers datant de 1985 mais ce n'est qu'un prétexte à une œuvre au noir, dont le réalisme est détourné par le récit rétrospectif des faits, envisagés uniquement du point de vue de l'un des protagonistes, qui exprime ses souvenirs contaminés par les fantasmes par l'entremise d'une voix off, omniprésente. Une fois encore, le cinéaste nous présente une jeunesse sans repères et sans idéaux; à travers son héros qui vogue dans un no man's land émotionnel, à la fois fasciné et dégoûté par l'univers sordide qu'il côtoie. Même si les lieux sont précis, le film est envahi par le flou des réminiscences de la mémoire qui installent une atmosphère trouble et vénéneuse. Les amateurs de thrillers n'y trouveront sans doute pas leur compte tant Aloi cherche à imposer son style singulier et y parvient, parfois, mais pas toujours, y compris dans des scènes éthérées où des jeunes filles habillées de blanc semblent tout droit sorties de Pique-nique à Hanging Rock. C'est par son curieux traitement et peut-être même ses imperfections que Le Domaine séduit cependant, avec l'interprétation pénétrée de Félix Lefebvre et la personnalité de ses comparses dont le puissant Patrick D'Assumçao et la gracile Lola Le Lann.
"Librement inspiré de la « Tuerie de Belhade », qui a eu lieu dans les Landes en 1985, où des meurtres ont été commis dans un relais de chasse, qui aurait servi de repère pour des activités de proxénétisme. L’affaire est empreinte de complexité tant les témoignages diffèrent et que les motivations des assassins soient encore inexplicables. Giovanni Aloi nous transporte à Saint-Nazaire pour nous livrer sa version de l’histoire."
"Tout comme dans La Troisième guerre, le cinéaste italien évoque la dissociation entre son protagoniste et la réalité. Dans Le Domaine, elle passe essentiellement par la voix off de Damien, qui traverse le récit. Incapable de faire ses propres choix, ni de penser par lui-même, le jeune étudiant se laisse embrigader malgré lui dans un jeu dans lequel il ne ressort jamais gagnant. Ce dernier se parle comme pour se repentir, mais sa culpabilité est-elle véritablement le sujet de l’histoire ? Ne serait-il pas une victime de plus, à qui l’on a confié un fusil chargé à des fins dissuasif ? Toutes ces dissonances offrent une belle lecture du personnage sur le papier. Aloi a beaucoup de choses à raconter sur la trajectoire de son personnage, mais cela transparait péniblement à l’écran, noyé dans des effets de styles. Elles font leur effet le temps de l’exposition, mais leur redondance révèle toute l’artificialité du dispositif."
"Au-delà du fait divers qui l’a inspiré, Le Domaine raconte l’ascension chaotique d’un jeune homme qui a rêvé trop tard de sa liberté et de ses désirs. L’idée est séduisante, mais le problème majeur réside dans le fait que tout le dispositif narratif en voix off rend son personnage errant imperméable émotionnellement. Nous ne faisons que surnager dans sa conscience, malgré un décalage permanent entre ses mots et son attitude passive. Parler de la fin de l’innocence à travers les codes du film noir est toujours stimulant, mais c’est malheureusement de la lassitude qui se dégage de cette œuvre chimérique et confuse."
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On est toujours étonné des très bons choix de Félix Lefebvre. Le Domaine lui offre un rôle de jeune homme sans idéaux, sans envie, impliqué dans une affaire sordide qui le dépasse. Proxénétisme, richesses dégueulasses, violence se mélangent dans un château à l'abri des regards. Il en est l'homme à tout faire mignon que tout le monde apprécie. Si l'histoire est relativement cousue de fils blancs, elle est bien menée par un réalisateur toujours proches des personnages, voire dans leur esprit onirique.
Il y avait tout : un décor qui intrigue, une matière vraie, un trouble latent. Mais "Le Domaine" saborde son atmosphère dès l’ouverture. La voix-off, martelée et pesante, dit tout ce que l’image aurait pu suggérer. On aurait voulu du non-dit, de la tension rampante, un silence qui pèse — on a un commentaire omniprésent. Ce n’est pas l’histoire qui manque, c’est la respiration. Le film aurait pu serrer le ventre, il finit par nous lâcher la main.
Félix Lefebvre incarne un étudiant que l'on ne voit pas souvent étudier et qui va tomber sur un petit truand local (Patrick d'Assumça impeccable) qui va le prendre sous son aile. Ce thriller s'avère un peu mollasson avec comme toile de fond la quête d'un avenir meilleur, que ce soit pour notre héros/voix off ou pour son amie escort. On sent les évènements tragiques arriver et cela n'est jamais bon signe même si l'histoire est librement inspirée de faits réels. Un film qui manque de réalisme dans l'ensemble pour retranscrire une atmosphère poisseuse, à défaut d'être suffocante. Reste le final.
Alors là c'est la désillusion.. je m'attendais à beaucoup aimer ce film, à être intrigué, dérangé et ému par l'histoire de ce jeune homme pris au piège dans un drôle de domaine mais en fait je n'ai pas aimé ça.. pourtant le début est bon mais très vite ça s'essouffle pis ça finit par agacer et la fin est même carrément nulle.. bref un film fort décevant vu l'histoire prometteuse... quel dommage !
« Noir Félix» Je suis allé voir ce film sans même en connaître l’histoire, mais pour voir Felix Lefebvre que je suis depuis ses débuts. Il assure carrément pour ce premier rôle titre et montre son talent dans toute la palette des émotions. Quant au film, noir et sans espoir, tiré d’un fait divers des années 80’s, je n’ai pas trop adhéré même s’il tient plutôt bien la route.
Je n’ai pas vu La troisième guerre, le 1er film de Giovanni Aloi… veuillez me pardonner. Ce thriller de 90 minutes est donc son 2ème opus. Et en sortant de la séance, je me suis dit ne pas regretter d’avoir raté le précédent. Damien, étudiant à la dérive, accepte un emploi dans un relais de chasse tenu par deux malfrats locaux. Ces derniers utilisent leur domaine pour couvrir des activités illégales où jeux d’argent et prostitution se mêlent. Suite à la disparition d’une escort, Damien s’engouffre dans une spirale de règlements de comptes. Du thriller convenu, sans éclat, sans originalité, sans nouveauté… sans intérêt. Je dois avouer que j’ai été attiré par le casting plus qu’alléchant – j’y reviendrai -, mais visiblement ça ne suffit pas à sauver l’entreprise. Au centre de l’intrigue, une jeunesse désillusionnée symbolisant une génération sans idéaux, prête à se compromettre pour survivre. Le seul moteur des personnages est d’accumuler de l’argent et d’aviser après. Pour la forme, une voix-off omniprésente à la limite du supportable, dont le récit se veut introspectif censé nous faire comprendre la culpabilité et les tourments intérieurs du « héros ». La photographie multiplie les effets visuels, - plans au ralenti et vitesses d'obturation réduites pour sans doute traduire la confusion mentale du personnage -. Tout ça, loin de traduire un quelconque savoir-faire, pour moi prouve surtout de la prétention et une ambition inaboutie. Bien au contraire, la psychologie des personnages est par trop stéréotypée et les « rebondissements » trop prévisibles. C’est glauque, poisseux et balourd. Pourtant, j’étais prêt à aimer ce film parce qu’il réunit le jeune Félix Lefebvre, - vu à son avantage dans La Passagère, Rien à perdre, Eté 85 -, et deux « gueules » du cinéma français, les très bons et atypiques Patrick d'Assumçao et Raphaël Thiéry. Côté féminin, c’est nettement plus faible avec Lina-Camélia Lumbroso ou Lola Le Lann. Pour ma part, c’est l’ennui quim’ submergé devant ce film qui ne m’a jamais convaincu. Et vous ?
Avec Le Domaine, son deuxième long-métrage, Giovanni Aloi livre un thriller solidement écrit, servi par un casting soigné. Si l'ensemble manque parfois d'intensité pour véritablement marquer les esprits, certaines scènes se distinguent par leur maîtrise et leur tension. Un film prometteur, sans être inoubliable.
Déjà "La Troisième guerre" du même Giovanni Aloi se singularisait par sa forte personnalité. "Le Domaine" confirme le talent de ce réalisateur. Les amateurs d'objets cinématographiques décalés, étranges, non formatés, trouveront ici leur compte. J'ai aimé la grosse performance d'acteur du rôle numéro 2 du film, Patrick d'Assumção, dont on se demande régulièrement "est-il bon ? Est-il méchant ?". J'ai aimé l'utilisation à mes oreilles et yeux remarquable des musiques du film (Mahler, Schubert, une . et ... quel chàteur français des années 80 dans cette excellentissime fête dans ce mystérieux domaine ?). En deux films Giovanni Aloi s'affirme à mes yeux comme un très fort talent pour mettre en valeur ses acteurs et regarder le monde avec un œil qui n'appartient qu'à lui.
Un film intéressant avec des acteurs plutôt bons. Le scénario qui relate un fait réel n'est peut-être pas assez poussé, je me suis un peu ennuyé par moments. Il m'a manqué une immersion des années 80 que je n'ai pas ressenti.
J'ai attendu tout le long du film en me persuadant qu'il allait se passer quelque chose, un retournement de situation, qu'importe. Une attente interminable qui ne débouche sur rien. A dormir debout. Passez votre chemin.