Le film puise son origine dans la Tuerie de Belhade, un triple meurtre survenu en 1985 dans un relais de chasse près de Bordeaux. Pourtant, Giovanni Aloi a volontairement gardé ses distances avec l'histoire réelle pour privilégier la fiction : "Avec Dominique Baumard, le scénariste, nous nous sommes volontairement assez peu renseignés sur la vraie Tuerie de Belhade. Il nous importait juste de garder ce microcosme de province."
La transposition à Saint-Nazaire a par ailleurs permis d'ancrer le récit dans une époque contemporaine, où la jeunesse se heurte à la précarité et au désenchantement.
Damien (Félix Lefebvre) incarne une génération sans idéaux, prête à se compromettre pour survivre. Le réalisateur voit en lui le symbole d'une jeunesse désillusionnée : "Le seul moteur des personnages est d’accumuler de l’argent et d’aviser après. C’est ainsi qu’ils entrent dans ce milieu de petits criminels de province."
La voix-off omniprésente dans Le Domaine reflète la mémoire troublée de Damien, entre souvenirs déformés et fantasmes. Ce procédé permet au spectateur de plonger directement dans l'esprit du personnage : "La voix-off est pour le personnage une façon de cicatriser cette blessure qu’il a eue. J’aime imaginer qu’il s’agit des pensées qu’il a élaborées lors du temps qu’il a passé en prison."
Ce choix de narration rappelle le film précédent de Giovanni Aloi, La Troisième Guerre, mais ici la voix s’inscrit dans une démarche plus introspective.
Pour composer son personnage, Félix Lefebvre s’est immergé dans la psychologie de Damien en suivant les conseils du réalisateur. Il s'est inspiré de Crime et Châtiment de Dostoïevski, un roman clé pour comprendre la culpabilité et les tourments intérieurs du protagoniste : "Dès la première rencontre il est arrivé avec un cahier et des questions sur son personnage, prêt à prendre des notes. Je l’ai surnommé “le Professeur” !"
L'acteur a également proposé de nombreuses idées pour enrichir le personnage, montrant une implication rare pour son jeune âge.
Giovanni Aloi a voulu jouer avec les effets visuels pour brouiller la frontière entre réalité et souvenir. Il a ainsi utilisé des plans au ralenti et des vitesses d'obturation réduites pour traduire la confusion mentale de Damien, comme il l'explique : "Nous avons eu plusieurs fois recours à un effet appelé “Low shutter speed” [...]. Cela donne des plans qui sont comme des fragments de mémoire."
La scène de la tuerie finale devient ainsi une expérience sensorielle plus qu'un simple récit des faits.
Chaque lieu du Domaine possède sa propre palette de couleurs, comme pour refléter l'état mental de Damien. La lumière n'a pas pour objectif de reproduire le réel, mais d'exprimer une vision intérieure : "On voulait en quelque sorte que les couleurs connectent aux souvenirs du personnage. [...] Les rouges précèdent souvent les moments de tension", raconte Giovanni Aloi. Saint-Nazaire, ville industrielle et grise, devient un territoire fantasmé où la mémoire et la réalité se mêlent.