Drame lumineux
Drame historique français, belge, hongrois, israélien et portugais réalisé par Emmanuel Finkiel… Il en aura fallu du monde pour réaliser cette adaptation du roman éponyme d’Aharon Appelfeld. Mais force est de constater que ces 131 minutes constituent un des plus beaux films de ces 4 premiers mois de 2025. 1943, Ukraine, Hugo a 12 ans. Pour le sauver de la déportation, sa mère le confie à son amie d’enfance Mariana, une prostituée qui vit dans une maison close à la sortie de la ville. Caché dans le placard de la chambre de Mariana, toute son existence est suspendue aux bruits qui l’entourent et aux scènes qu’il devine à travers la cloison… Après La Douleur en 2018, Finkiel redonne un 1er rôle absolument bouleversant à Mélanie Thierry… formidable !
La Shoah et ses à-côtés sont au centre de toute l’œuvre de ce cinéaste, - qui s’était pourtant juré de ne plus faire de films sur ce sujet -. Cette fois, il en parle à travers le filtre, celui des yeux et surtout des oreilles d’un jeune garçon caché dans un placard au fond de la chambre d’une prostituée. Heureusement pour lui, c’est une « putain » au grand cœur qui va tout faire pour adoucir le sort de cet Hugo séparé de sa mère. Même si les personnages sont largement inspirés de la famille du romancier, il s’agit ici d’une pure fiction. Le tournage devait avoir lieu en Ukraine. Hélas, on sait pourquoi cela s’est avéré impossible, il s’est donc déroulé en Hongrie. Les lumières, la photo, la bande-son, l’utilisation virtuose du hors-champ, tout concourt à faire de ce drame une véritable pépite de plus de deux heures dix, qu’on ne voit pas passer. Un seul regret pour ma part, le huis-clos est tellement poignant et puissant que je pense que le dernier quart d’heure – hors les murs – retire un peu de force à l’ensemble. Mais c’est, je le répète, un très grand film.
Je l’ai dit plus haut, Mélanie Thierry, qui a appris pendant deux ans la langue ukrainienne pour ce rôle, est tout simplement formidable. Elle trouve dans le jeune Artem Kyryk, un partenaire de choix. Quelle présence ! Ajoutons les performances de Julia Goldberg et Yona Rosenkier pour faire bonne mesure. Une réussite majeure qu’il ne faut absolument pas manquer. Pudique, bouleversant, terrible et beau à la fois et qui résonne tristement avec l’actualité.