Le Système Victoria est adapté du roman du même nom écrit par Éric Reinhardt et publié pour la première fois en 2011. A cette époque, Sylvain Desclous travaillait comme organisateur de séminaires pour de grandes entreprises et vivait quotidiennement tout ce que décrivait le livre. Le réalisateur précise : "En effet, à la satisfaction d’avoir trouvé à la fois un travail rémunérateur et un bon poste d’observation s’était substitué le sentiment que tous les discours entendus sur l’engagement, la cohésion et la collaboration dans l’entreprise étaient vains et faux."
"J’étais au coeur d’un fonctionnement que résume définitivement Éric Reinhardt quand il écrit : « Ce n’est pas parce qu’’un objectif est irréaliste qu’il ne faut pas essayer de l’imposer. »"
Damien Bonnard et Jeanne Balibar avaient déjà joué ensemble dans Les Misérables de Ladj Ly. Le premier y jouait un policier fraîchement débarqué à Montfermeil tandis que la seconde campait une commissaire de police que l'on peut voir au début du film.
En 2023, ils se sont retrouvés pour Le Processus de paix.
Lorsqu’Éric Reinhardt a proposé à Sylvain Desclous d’adapter Le Système Victoria, le cinéaste a relu le roman et a été frappé de voir à quel point il restait d’une brûlante actualité. Il confie : "Dans le même temps – et paradoxalement, j’ai eu l’intuition qu’il fallait m’en détacher si je voulais garder intacte la charge politique du livre et le tragique de son dénouement. Même si Le Système Victoria n’est pas un film aussi ouvertement et frontalement politique que ne l’est De Grandes Espérances, il est construit sur une vision du monde et d’après un point de vue qui eux sont politiques."
"J’ai donc choisi de raconter l’histoire uniquement du point de vue de David d’imaginer une autre fin que celle du roman. Cette double « trahison » a permis d’inscrire le parcours du personnage principal dans une dramaturgie plus forte et plus tendue. Mon film fait ainsi le récit d’une passion dévorante sur fond d’un monde du travail brutal et déshumanisant."
Dans le roman, la sexualité occupe une place très importante, ce qui occasionne la description de scènes de sexe frontales et parfois crues : "Un des premiers enjeux du travail d’adaptation a été de se confronter à cette dimension charnelle, avec comme double objectif de ne pas l’évacuer mais aussi de réaliser un film qui ne tourne pas uniquement autour de ça."
"Il m’est alors apparu à l’écriture du scénario que si la sexualité était structurante dans la relation entre les deux amants, elle s’incluait cependant dans quelque chose de plus vaste : la fascination totale qu’exerce le personnage hors norme de Victoria sur David. Fascination physique certes – et sexuelle – mais surtout fascination intellectuelle voire morale."
Pour incarner David, Damien Bonnard s’est imposé immédiatement pour Sylvain Desclous, qui note : "Il a quelque chose d’un « Man Next Door » à la force tranquille et bonhomme, mais ce que j’apprécie chez lui, c’est que cette sensation rassurante contraste avec une sorte de fragilité et de sensibilité qui le rend très touchant."
La différence d’âge qui existe entre les personnages de David et de Victoria est une nouveauté par rapport au roman. Cela permettait à Sylvain Desclous de prendre le contrepied de beaucoup d’écueils et de ne pas retomber dans une histoire traditionnellement passionnelle comme on en voit souvent au cinéma. Le cinéaste affirme :
"Plus âgée que David, Victoria prend non seulement des airs de Pygmalion•ne (et je pense sincèrement qu’elle en est une, son regard et son désir révélant David à lui-même et lui offrant la possibilité de se réaliser) mais incarne de manière éclatante une femme de 50 ans qui n’abdique en rien sa liberté, son désir et son pouvoir."
Sylvain Desclous et la directrice de la photographie Inès Tabarin se sont d'emblée mis d’accord sur une poignée de références, dont la plus inspirante a été Les Hommes du Président d’Alan J Pakula. Le metteur en scène confie : "Le choix d’une lumière contrastée, de couleurs tranchées, d’intérieurs très travaillés et d’un découpage à l’os ont été faits rapidement et m’ont permis d’envisager peu à peu à quoi allait ressembler le film."
Sylvain Desclous tenait absolument à ne pas jouer d’un quelconque effet réaliste. Au contraire, il a voulu que la mise en scène du Système Victoria tende vers la stylisation et un certain classicisme. Le réalisateur a donc "proscrit" l’usage de la caméra à l’épaule, surtout sur le chantier, afin d’éviter l’effet documentaire. De plus, il a opté pour tourner l’intégralité du film avec une caméra sur un pied ou sur un rail. Il ajoute :
"J’ai également fait le choix de ne pas sur-découper le film et de privilégier autant que faire se pouvait les plans longs, parce que j’aime la densité qui en résulte avec la liberté et le challenge que cela représentent pour les comédien•ne•s."