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Marc Taton (Belgique)
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2,5
Publiée le 3 juin 2026
“Adieu poulet” est souvent considéré comme un classique du cinéma policier français, mais pour ma part, le film ne m’a pas vraiment captivé. Ce qui ressort néanmoins, c’est la complicité indéniable entre Lino Ventura et Patrick Dewaere, qui porte le film sur leurs épaules.
Cependant, le mélange d’un univers sombre et violent avec une ironie mordante ne parvient pas à créer l’alchimie espérée. J’ai trouvé le rythme un peu trop lent, manquant de l’énergie nécessaire pour maintenir l’intérêt du spectateur. Malgré son statut de “classique”, j’avoue que je me suis assez rapidement ennuyé. 5/10
France giscardienne, campagne électorale, notables en costume. Lardatte prêche l'ordre pendant que ses hommes de main cognent dans l'ombre. Le crime importe moins que le maillage qui l'entoure. Élu local, hiérarchie policière et magistrature se tiennent les coudes, absorbent le scandale, consolident l'édifice et on est impuissant face à cette porosité. Rouen devient la maquette du système, et le cadavre d'un colleur d'affiches n'y sert que de révélateur. Verjeat, l'intègre, en est réduit à fabriquer une fausse affaire de corruption contre lui-même car la seule justice possible passe désormais par la triche. Oubliez l'énigme : on sait vite qui a tué, qui a commandité, qui protège. Le film déroule plutôt une galerie de lâchetés graduées où chaque scène place Verjeat face à un homme et scrute la manière dont il se dérobe. Je trouve que le dispositif tient, porté par une mise en scène fonctionnelle et sans signature, mais parfois à la lisière du téléfilm soigné.
C'est dans ce cadre modeste que le duo Ventura-Dewaere prend feu. Lino livre une composition traversée d'une fatigue qu'il n'affichait presque jamais. Sa colère va aux siens, à ceux qui devraient tenir bon, et chaque ordre venu d'en haut résonne comme la chute d'un homme qui espérait encore. Dewaere en offre l'exact contrepoint : tremblé, imprévisible, à fleur de peau, sans jamais cabotiner. L'un absorbe, l'autre déborde, et de ce déséquilibre naît à mes yeux l'un des duos les plus inattendus du cinéma français des années 70s. Affleure entre eux un lien père-fils, où l'aîné ne lègue ni métier ni vocation, seulement une lucidité aiguë en guise d'héritage. Verjeat gagne chaque bataille tactique mais perd la guerre. Mais dans ce monde-là, de tout manière, le courage ne change rien et la dernière scène clot magistralement cela.