On ne compte pas le nombre insensé de fois que la sonnerie de portable (infernale) retentit. Ce qui ressemble à un pari perdu de scénariste, est une triste réalité : oui, la quasi-totalité de la bande sonore est gangrénée gratuitement par ces sonneries qui durent, dont on ne comprend pas l'intérêt (oui, on a capté que le personnage principal en a marre que Madame l'appelle, et laisse le téléphone sonner pour qu'elle s'inquiète... C'est "so macho", comme le film ne tourne qu'autour de ça... Mais sinon, le mode silencieux, ça existe.). Alors, rendons hommage au Festival de Deauville 2023, qui nous a proposé une séance d'anthologie : imaginez un peu, une salle pleine, sono à fond, piégée dans cette BO de l'Enfer, qui compose finalement un opéra de "Pffffffffff..." et "Rhooo !" à chaque nouvelle mélopée atroce, avec des spectateurs aux yeux ronds à la fin, qui se demandent ce qu'ils ont vu. Mais comment ne pas voir dans Manodrome un rendez-vous manqué, un nanar qui fera la joie des soirées arrosées (surtout en comité féministe), un film qui n'est pas sûr lui-même de l'intention de son propos (et se retourne souvent, concept en mains, pour nous demander ce qu'il doit en faire...). Manodrome choisit effectivement le milieu (tristement en essor en 2023) du masculinisme (le courant de pensée qui veut "viriliser" les hommes modernes), mais n'assume jamais son concept. Il s'excuse presque de nous montrer son personnage horrible, en coupant les scènes-chocs qui nous feraient comprendre sa toxicité extrême (on ne voit pas tous les meurtres, et reste très évasif sur les violences conjugales), on le confronte à ses collègues (qui passeraient presque pour "normaux", à côté de lui, alors que ce sont quand même des mecs toxiques au cerveau lavé et rincé... Attention, morale dangereuse sur les sectes et les hommes toxiques "pas si terribles" en approche dans 3,2,1...). Oui, le film ose ce genre de comparaison maladroite, qui lui prête des intentions, des morales, qu'il n'a certainement pas réfléchi en amont (sa seule envie : faire un film de psycho qui dérape, le plus bassement du front possible), ce qui étonne beaucoup, vu le sujet "touchy" qu'il décide d'aborder. A l'intérieur de ce fatras de masculinisme irréfléchi, caricatural, grotesque, malsain, bruyant, se débat Jesse Eisenberg, comme toujours ultra professionnel, qui sauve ce film en abattant sa carte "jeu d'acteur psycho parfait pour film d'auteur raté", un atout qui ne suffit plus à remporter le pli, mais a toujours l'effet de surprise chez nous. On regrette aussi pareil sujet casse-gueule mal défendu, quand on voit le rythme qui est bon, l'idée de départ qui voulait (peut-être) dénoncer un courant de pensée qui prend de l'ampleur en réponse au féminisme moderne, aux jeux d'acteurs plutôt bon (Adrian Brody est juste là pour récupérer son maigre chèque, mais Eisenberg fait flipper). Bref, Manodrome est, à notre humble avis, un navet qui n'a même pas compris quel sujet il traitait, regardant le masculinisme comme un objet curieux, nous demandant constamment quoi en faire, et finissant par tenter une fin au hasard (obscurcissant sa morale). Machodrome aurait été un titre tellement plus défendable... Même ça, ils ne l'ont pas pensé, dommage.