Deux garçons inséparables, un lien pur et intense, et le poids du regard des autres qui s’en mêle. Close tente de filmer l’amitié masculine à l’adolescence comme un territoire fragile, où l’innocence se heurte aux normes sociales.
Lukas Dhont capte avec finesse ce moment de bascule où tout se complique : être trop proche devient suspect, le groupe impose ses codes, et les gestes les plus naturels se chargent soudain d’ambiguïtés. Le film parle d’abord de cela : la fragilité des liens, la manière dont une société peut briser une relation qui n’avait rien d’anormal, en posant simplement une question de trop. Dans ce cadre, Close plaide pour la liberté de vivre des amitiés intenses sans les enfermer dans une définition.
On retrouve là un propos riche : l’adolescence filmée comme un moment de rupture, entre enfance encore tendre et virilité imposée. Le regard des autres contamine, fissure, et pousse à se conformer. Dhont montre aussi le poids de la culpabilité, la difficulté de dire les choses, et la façon dont certaines blessures deviennent impossibles à combler. C’est le thème le plus fort du film : le silence, plus que les mots, comme lieu du drame. Les champs de fleurs, filmés avec douceur, apparaissent comme un Éden fragile, un paradis d’innocence condamné à disparaître. Le hockey, à l’inverse, devient l’espace où s’impose brutalement la masculinité, avec ses règles de dureté et de performance.
Mais si les intentions sont nobles, leur mise en œuvre m’a laissé à distance. Le film est d’une lenteur assumée, parfois trop. La caméra colle sans cesse à Léo, au point d’en devenir oppressante, comme si tout devait passer par son visage, quitte à réduire les autres à de simples silhouettes. Le scénario avance au fil de l’eau, sans véritables respirations, et finit par dérouler un schéma du deuil déjà vu, trop prévisible.
Les dialogues, souvent elliptiques, sonnent parfois creux. On devine la volonté de capter le naturel adolescent, mais certaines scènes tombent dans l’inaudible. Le bruit de fond, omniprésent, participe à l’immersion, mais finit aussi par fatiguer, donnant une impression de brouhaha permanent qui empêche parfois l’émotion de s’installer.
Le vrai problème de Close, c’est sa rigidité. Tout est trop scolaire, trop attendu, comme si le film avait suivi à la lettre un cahier des charges sur “comment représenter l’adolescence et le deuil au cinéma”. Ce manque de surprise, cette impression de mécanique appliquée, enlève au film la fraîcheur et l’élan qu’il aurait fallu pour dépasser son propos.
Close dit quelque chose d’important sur l’adolescence et le poids des normes, mais son rythme pesant, ses dialogues faibles et sa mise en scène trop fermée m’ont laissé en marge. Un film sincère, mais trop formaté pour vraiment émouvoir.