Pour son troisième long-métrage en tant que réalisateur, Romain Gavras livre avec Athena, une œuvre percutante. L'histoire nous fait suivre le destin d'une famille qui va basculer suite à une prétendue bavure policière qui va mettre le feu au quartier ou vit la famille endeuillée. Ce scénario à l'allure de tragédie grecque, met en opposition les trois frères du défunt qui vont se déchirer à cause de leurs motivations bien différentes, entre Abdel qui est militaire, Karim qui souhaite se venger et Mokhtar un caïd. Une guerre fratricide à laquelle les jeunes du quartier vont participer en affrontant les forces de l'ordre. Elle débute sur un plan séquence grandiose en guise d'introduction, qui nous immerges immédiatement dans l'ambiance hostile. Cela va même durer pendant l'heure et demie de film, ce qui le rend prenant de bout en bout malgré un aspect un peu répétitif. On assiste à une véritable guerre de tranchées urbaine, ou la tension, le chaos et la colère font rage, lors d'affrontements violents et étouffants. C'est intense, peu de moments sont là pour laisser respirer dans cette atmosphère suffocante dans laquelle se noue un drame fraternel. Des frères interprétés par des acteurs impliqués dont ont retiendra les visages de Dali Benssalah, Sami Slimane et Ouassini Embarek. Ce dernier et Sébastien, l'homme fiché, sont sûrement de trop ou en tout cas ont du mal à trouver leur place. Dans l'autre camp on retiendra le rôle de policier incarné par Anthony Bajon. Les relations tendues entre tous ces caractères procurent de l'émotion, sans passer par les dialogues qui sont peu profonds. En même temps, il est difficile de communiquer et de faire entendre leurs voix sous les cris et les insultes qui fusent constamment. S'il faut reconnaître que le fond n'est pas très original, même s'il reste efficace, le long-métrage brille sur sa forme peu conventionnelle. La réalisation de Romain Gavras offre énormément de plans séquences, ce qui donne aux scènes un aspect très réaliste. Sa mise en scène est parfaitement maitrisée et d'une grande précision, nous gratifiant de nombreux moments marquants pour la rétine. Cette caméra mouvante et immersive nous plonge au cœur de l'action et de l'émotion en étant proche des visages des protagonistes. Elle sait également parfaitement mettre en avant les barres d'immeubles servants de champ de bataille à travers une photographie soignée et exploite parfaitement les bâtiments labyrinthiques. Ces images marquantes sont en plus accompagnées par une magnifique b.o. loin des clichés. Celle-ci nous offre des compositions mélangeants chœurs et musique classique, pour un résultat somptueux, mémorable pour les oreilles. Il se dégage une grande puissance mythologique quand le visuel et l'audio fusionnent. Tout cela s'achève sur une fin réussie, même si elle est empreinte d'une certaine idéologie. Pour conclure, Athena est un long-métrage ambitieux qui mérite amplement qu'on lui consacre du temps, tant le travail derrière ce projet est remarquable.