Sorte de contre-champ à la séquence d'ouverture du très bon «Munich» de Spielberg, ce «5 septembre» s'avère être un huis-clos des plus réussis.
Se déroulant lors des tristement célèbres JO de 1972, dans une Allemagne qui ne s'est pas encore remise des traumatismes de la 2nde Guerre Mondiale, ce film à l'aspect documentaire nous plonge dans les studios de l'équipe américaine d'ABC Sports, et nous montre comment celle-ci va réagir face à la prise d'otages d'athlètes israéliens par l'organisation terroriste "Septembre Noir" à seulement quelques centaines de mètres de leurs locaux et comment elle va s'approprier le sujet, faisant de cet événement le premier acte terroriste diffusé en direct dans le monde entier (et vu par plus de 900 millions de téléspectateurs à l'époque).
Malgré l'issue sanglante que la plupart d'entre nous connaissions déjà
, le film, à mi-chemin entre le drame et le thriller, arrive à recréer avec minutie cette ambiance particulièrement tendue qui régnait dans les studios d'ABC (reconstruits au sein d'un plateau de tournage à 360 degrés pour l'occasion) au cours de ce 5 septembre, et cela grâce à une réalisation particulièrement immersive et à un casting talentueux et investi (John Magaro, Peter Sarsgaard ou encore Leonie Benesch, découverte l'année dernière dans le très réussi «La Salle des profs»).
Réalisé par le cinéaste suisse Tim Fehlbaum (qui co-signe également l'histoire, nommée à l'Oscar du Meilleur Scénario Original), ce film, combinant unité d'action, de lieu et de temps, vient s'inscrire dans la tradition des œuvres dédiées au journalisme et aux médias et aborde la question suivante : qu'est-ce que nous raconte une image ?
À une époque où la télévision est marquée par des avancées technologiques significatives et où la concurrence entre chaînes (comme ici entre ABC et CBS) est bien présente, le film nous décrit avec intelligence l'impact du direct dans un tel événement dramatique.
Le choix des plans, des angles, des zooms, tout a un sens dans le narratif/point de vue que va construire l'équipe au fil des heures et des informations qui vont lui être communiqué, et ce qu'elle va finalement transmettre à son public.
Quelque part entre travail journalistique et voyeurisme, entre morale professionnelle et chiffres d'audience, entre décisions complexes et hâtives, la couverture médiatique de cette prise d'otages va marquer une nouvelle étape dans le traitement de l'information et comment celle-ci nous parvient, nous montrant notamment comment la chaîne va mettre en place son dispositif technique et ruser pour garder jusqu'au bout, jusqu'à la ligne d'arrivée, l'exclusivité de cet événement,
quitte même à donner des informations aux terroristes sans le vouloir (et montrer l'impréparation des forces de l'ordre allemandes par la même occasion).
Assumer cette "histoire", ce parti-pris quoi qu'il arrive, quelque soit où cela amènera l'équipe, quitte à faire certaines erreurs plus ou moins grandes en cours de route.
Co-produite notamment par Sean Penn, une œuvre prenante sur le choix et l'impact des images, gagnant en tension et en réflexion au fil du récit, et qui a forcément une résonance directe avec l'actualité de ces dernières années (en particulier le conflit israélo-palestinien) et ce que les différents médias décident de mettre en avant ou pas en terme d'images et d'informations.
Un film à découvrir. 7,5-8/10.