Michel Franco a écrit Sundown alors qu'il traversait une profonde crise existentielle. Le cinéaste effectuait en effet une sorte de bilan de sa vie personnelle, et a pour la première fois réalisé que l'existence n’est pas éternelle. Il se rappelle :
"Ceci s’est produit après un voyage à Acapulco avec une amie, et alors que nous avions quitté l’hôtel en voiture pour aller dîner, un peu après 20h, j’ai été arrêté par des policiers fédéraux au compor- tement très agressif, qui braquaient leurs armes sur moi."
"Ils se demandaient si mon amie était en danger – si elle était avec moi contre son gré. Ils voulaient me sortir du véhicule, mais je savais que c’était ce qu’il ne fallait surtout pas faire. Mon amie ne comprenait pas ce qu’il se passait, elle me disait d’obtempérer."
"J’ai réussi à m’en sortir en repartant, et ils nous ont suivis en nous menaçant, mais nous avons réussi à rentrer à l’hôtel sains et saufs. Cela m’a vraiment attristé car Acapulco est un de mes endroits préférés."
Acapulco, au sud-ouest du pays, est une des villes du Mexique que Michel Franco connaît le mieux étant donné qu'il s'y est rendu plusieurs fois dans sa jeunesse. Parfois, il y restait un mois pendant la période du nouvel an. Le metteur en scène précise :
"Cela me brise le cœur de voir combien elle a changé. Elle est souvent classée parmi les villes les plus dangereuses au monde, ce qui peut toucher les touristes, mais pas si souvent que cela. Le paradis qu’elle a un jour été est aujourd’hui délabré, et je ne parle pas de l’Acapulco de Sinatra ou d’Elvis Presley."
"Sa déchéance symbolise plus généralement la déchéance de mon pays. Il y a beaucoup de tensions à Acapulco ces temps-ci mais au final, pendant le tournage, elle a été très accueillante. J’imagine que je cherchais à prouver que c’était la même Acapulco que celle de mes souvenirs de jeunesse."
Michel Franco retrouve Tim Roth après Chronic (2015). Le réalisateur a d'ailleurs écrit le personnage central de Sundown spécialement pour le comédien. Il explique : "Nos sensibilités sont similaires, et je me suis dit qu’il serait réceptif à cette histoire. J’ai écrit le scénario en quelques semaines, contrairement à Nouvel Ordre, qui m’avait pris des années."
"Dès la fin de l’écriture du scénario, j’ai pensé à tout ce que je n’avais pas décrit, ce qui est toujours le cas pour un scénariste, surtout quand on a écrit d’une traite. Mais je savais que ce ne serait pas un souci pour Tim, alors je le lui ai envoyé et il a compris exactement où le film voulait en venir. Il m’a dit : ne change rien, on le filme tel quel."
Michel Franco est un grand fan de Charlotte Gainsbourg depuis sa prestation dans Antichrist. Mais le cinéaste n'osait pas proposer à l'actrice un personnage secondaire dans son film. "Mais on l’a contactée et elle a tout de suite accepté. Je lui ai laissé beaucoup de liberté ; elle a beaucoup apporté au rôle et mis une grande part d’elle-même dans son personnage."
Au début du tournage, Michel Franco a dit au directeur de la photographie Yves Cape qu'il voulait que le spectateur ait le sentiment de se trouver à Acapulco, qu'il en ressente la chaleur, le sable, etc. Le metteur en scène développe :
"Il y est parvenu grâce à ses choix d’objectifs. Avec Sundown, on raconte une histoire plus simple en apparence, mais qui reste complexe en ce qu’elle explore l’intériorité des personnages – et c’est ce qu’il y a de plus difficile à saisir avec la caméra."
"Souvent, on ne savait même pas où serait positionné la caméra, et ça pouvait être éreintant sous la chaleur accablante du soleil. Ici, plus que de la préproduction, nous avons travaillé à l’intuition. Le tout était d’être sur le vif et de rendre l’ensemble aussi naturel que possible."
Sundown marque une étape dans la carrière de Michel Franco, puisque c'est la première fois qu'il fait un film sans avoir planifié le tournage. Il explique : "Bien évidemment, nous discutions ensemble avec le directeur de la photographie, de la manière dont nous allions filmer une scène ou une autre, mais pour mes films précédents, tout était parfaitement planifié à l’avance."
"Même pour Nouvel Ordre, avec sa caméra portée et ses 3 000 extras, tout était prévu et minuté, jusqu’à et surtout la post-production, avec toute la violence. Il n’était pas possible de filmer Nouvel Ordre autrement."