À bientôt 80 ans, Paul Schrader toujours en activité semble en route pour atteindre un jour les 25 voire les 30 longs métrages en qualité de réalisateur, lui qui a longtemps été confiné dans son statut de scénariste de talent pour son ami Martin Scorsese (« Taxi Driver », « Raging Bull », « La dernière tentation du Christ »). La grande maturité venue celui qui, fervent admirateur de Robert Bresson et de Carl Theodor Dreyer, a toujours été fasciné par la lutte entre le bien et le mal qui habite toute âme humaine conduisant vers une marginalité génératrice de violence, reste obsédé par cette dualité certainement intrinsèque au lourd fardeau imposé par la condition de mortel. Cette même violence parfois source d’une rédemption douloureuse voire inatteignable. Son dernier film, « Master Gardener » confirme par ailleurs que Schrader a mis un peu d’eau dans son vin, acquérant sur le tard une certaine dose d’optimisme preuve qu’abordant la dernière ligne droite de son parcours terrestre, le réalisateur ne veut pas quitter ce monde avec un goût amer dans la bouche. Pouvoir se dire enfin que la vie ménage tout de même son lot de bonheur si l’on veut bien s’en donner la peine et que la chance donne un petit coup de pouce. Ainsi s’exprime Narvel Roth (Joel Edgerton) le jardinier face à Maya, une jeune stagiaire (Quintessa Swindell) : « Le jardin c’est avoir foi dans l’avenir ». Pour appuyer son nouveau tropisme, Schrader n’a donc pas choisi par hasard le jardin qui par la patience et la minutie qu’il exige rappelle que rien ne s’obtient sans effort. Comme souvent chez Schrader, l’horticulteur en chef officiant chez Norma (Sigourney Weaver sublime) une richissime mécène au tempérament autoritaire et manipulateur semble s’être réfugié dans un mutisme et une routine obsessionnelle pour oublier un passé qui lui pèse. Un passé que le réalisateur dévoile petit à petit alors que la jeune petite-nièce en déshérence de Norma confiée à Narvel lui ouvre un nouvel horizon. Comme Narvel expliquant à Maya sa conception horticole faite d’un mariage savant et subtil entre le fouillis organisé du jardin anglais et la rectitude du jardin à la française, Schrader alterne avec grâce moments de plénitude et remugles d’un passé enfoui. La musique de Dev Hynes tout comme la photographie accompagnent l’humeur nouvellement naïve et romantique du scénariste/réalisateur tourmenté de « Taxi Driver », « Blue Collar », « Hardcore » « Light Sleeper » ou « Affliction ». Narvel Roth a certainement en lui un peu du Travis Bickle vétéran du Vietnam de « Taxi Driver » ou du William Tell, ancien tortionnaire de la prison d’Abou Ghraib de « The card counter ». Mais Schrader a cette fois-ci envie de donner à son héros une réelle seconde chance qui ne lui soit pas dérobée alors qu’il pense toucher au but. Certains reprocheront au vieux réalisateur d’emprunter encore une fois un chemin trop connu de lui. Ceci est sans doute vrai, mais on ne peut tout de même pas demander à celui qui cherche sur le tard à entrouvrir une porte vers la félicité de se réinventer entièrement.
Paul Schrader retrouve ses thème de prédilection : la rédemption, le sexe, la violence. Le problème, si on laisse de côté le fait que la deuxième partie du film est cousue de fil blanc, c'est qu'il nous présente ici un plaidoyer nauséabond pour la self défense et la répression sans pitié des marginaux. Il ne se démarque des néo nazis, qu'il dénonce, que pour reprendre une partie de leur idéologie. Dommage car ça commençait bien, de façon mystérieuse et qu'on s'attendait à un suspense psychologique. Ajoutons que le personnage le plus intéressant, celui de Sigourney Weaver, est complètement sous-utilisé.
Film très fin qui ne bascule pas que dans la violence...les silences en disent long les regards, les personnages sont très bien interprétés. Je recommande car ce film est à part....Le jardin et le "vernis social" décrit dans ce film donne à réfléchir...la notion de power aussi sur l autre qui a toujours une limite. Intéressant, vraiment !
Un film tout en subtilité, à l'image de ses dialogues, qui présente l'originalité de mêler une intrigue liée au passé du héros avec l'amour de celui-ci pour l'horticulture. Les trois acteurs principaux y trouvent à chaque fois le ton juste. Le couple Joel Edgerton/Quintessa Swindell fonctionne parfaitement et Sigourney Weaver y tient un très beau rôle, aussi vénéneuse que séduisante. Elle prouve que le poids des années n'altère en rien son charme.
Entre le sujet et le voile levé assez tôt sur la vie secrète du jardinier, on s'attend à un film qui décoiffe. Déception. L'esthétisme est présent mais la bascule vers la violence, l'explosion, se fait attendre pour de jamais arriver. Joël Edgerton est bon mais mal abreuvé par un nectar fade. Sigourney Weaver est très prévisible. Et Quintessa Swindell n'est pas convaincante, par manque de subtilité dans son jeu.
Master Gardener surprend par la grande douceur avec laquelle il regarde son duo de personnages en marge et fait évoluer leur relation depuis le tutorat strict vers la passion amoureuse : Narvel dispose de la droiture et de l’assurance du pédagogue, spécialiste en botanique et en histoire de l’art du jardin, constamment en chemise, tiré à quatre épingles, modéré dans son ton et précis dans ses propos ; face à cet homme a priori irréprochable doit arriver la petite-nièce, définie dès le début par Norma comme une victime ayant sombré dans la délinquance. Le jeu des contraires proposé par Paul Schrader vise, comme souvent dans son cinéma, à être renversé, révélant la force de Maya et les démons qui continuent de hanter Narvel, dont le corps demeure marqué par les traces indélébiles de ses erreurs d’autrefois ; il rétablit en somme un équilibre par la destruction nécessaire de l’ordre ancien qui les maintenait dans des rôles moralement étiquetés. Le jardin de Norma apparaît peu à peu telle la métaphore d’un Éden invivable gouverné par une déesse soucieuse de disqualifier ceux et celles qu’elle dirige, un espace protégé qu’il faut saccager en l’ouvrant sur l’extérieur pour mieux en reconfigurer les lois – la sauvagerie, le rappelle notre maître-jardinier, a elle aussi ses propres règles. Le triomphe des amants, en guise de clausule, refuse néanmoins la grandiloquence et lui oppose la modestie de la barraque, territoire d’une reconquête emprunté au remarquable Loving (Jeff Nichols, 2016), dont l’acteur principal était déjà Joel Edgerton. Les transgressions sociale (les moins que rien prennent le pouvoir), sexuelle (liée à la différence d’âge et au statut maître/élève) et idéologique (passé nazi de Narvel) se traduisent alors à l’écran par la beauté de l’amour naissant et par le souci de reléguer au second plan la grande actrice Sigourney Weaver. Une belle parenthèse, qui ne dispose cependant pas de la complexité et de la puissance de mise en scène exigées par des enjeux si graves.
On retrouve dans "Master Gardener" des thématiques chères à Paul Schrader, en particulier assez proches de "The Card Counter". A savoir, un protagoniste au passé violent, qui cherche une forme de rédemption ou de salut, qu'il semble avoir trouvé en s'enfermant dans une routine exigeante. Ici, il s'agit de Narvel. Jardinier en chef pointilleux d'un grand domaine. Qui a une relation tendue mais de confiance avec la propriétaire, une héritière solitaire et égoïste (Sigourney Weaver, en retrait mais en forme !). Tout va chambouler lorsque celle-ci décide d'engager sa petite-nièce, elle-aussi au passé douloureux. Tout le monde n'adhèrera pas au film, dont le moteur narratif ne repose pas vraiment sur des antagonistes forts (c'est le moins qu'on puisse dire...). Ni sur un suspense façon thriller. Je suis d'ailleurs surpris que le film soit affiché comme tel sur plusieurs sites ! Non, l'intérêt de "Master Gardener" c'est d'abord son atmosphère. Passé un générique particulièrement élégant, et de très beaux plans sur la flore (et pourtant je m'en tamponne l'oreille avec une babouche des fleurs !), on découvre cet environnement étrange. Un joli cadre, une ambiance respectueuse dans l'équipe de jardiniers. Mais une propriétaire capricieuse et un protagoniste au passé plus qu'houleux, qui sait qu'un dérapage peut tout faire chavirer. L'autre intérêt principal est ainsi cette étude de personnages scarifiés, physiquement et psychologiquement. A ce niveau, le film peut compter sur une écriture assez fine, et sur deux interprètes : Quintessa Swindell et surtout Joel Edgerton. Certains seront gênés par les relations du protagonistes avec des femmes, 25 ans plus vieille ou plus jeune que lui (soit un écart correspondant à peu près à l'âge de Joel Edgerton !). Mais au moins ça va dans les deux sens, pas de jaloux ! Et puis, comme quoi, Paul Schrader sait encore chatouiller son spectateur...
Si les personnages et l'atmosphère générale commencent par intriguer, que la lenteur du récit semble recéler des trésors à venir, force est malheureusement de constater que tout cela semble finalement bien peu employé. On patiente, puis on s'ennuie un peu pour finalement désespérer qu'il se passe quelque chose de réellement prenant. On a plaisir à retrouver Joel Edgerton et Sigourney Weaver et l'on découvre avec plaisir la jeune Quintessa Swindell qui sont tous irréprochables et les partis-pris esthétiques de Paul Schrader portaient un vrai potentiel. Malheureusement, c'est bien peu au regard d'un scénario qui n'exploite quasiment aucun des sujets pourtant intéressants qu'il semblait couver; s'évertuant uniquement à laisser deviner les failles de ses personnages. On ressort au final avec le sentiment d'avoir suivi une histoire qui n'a jamais voulu s'offrir à nous.
Avec ce film le génial Paul Schrader signe d'une belle manière l'aboutissement de son triptyque sur la rédemption. La réalisation est toujours aussi sobre, épuré, avec énormément de narration visuelle qui met tout autant le jeu des acteurs que le récit sur le devant de la scène. Même si le réalisateur parait ici plus sage, moins percutant dans son propos, peut-être aussi plus optimiste que dans sa précédente réalisation "The Card Counter" qui lui ressemble beaucoup dans ses thématiques, ce "Master Gardener" reste une excellente œuvre. On espère qu'il ne va pas s'arrêter là.
Avec "Master Gardener", Paul Schrader met en scène les jardins d'une bourgeoise, entretenus par un horticulteur aux tatouages qui en disent longs sur son passé et une nièce qui devient apprentie. Bien que le thriller dramatique soit mené avec maîtrise par Joël Edgerton, Sigourney Weaver et Quintessa Swindell, le scénario souffre d'une certaine édulcoration qui pourrait décevoir les spectateurs en quête d'une intensité narrative plus prononcée.
Film qui n'a aucun intérêt,on s'emmerde devant cette histoire qui aurait pu être plus consistante, trop lisse le Film m'a paru interminable dommage sa mérité beaucoup mieux
Sigourney Weaver fait dans la botanique en ce moment et elle a conservé exactement le même rôle que dans The lost flowers of Alice Hart. Il est difficile d'entrer en empathie avec les personnages et je n'ai pas accroché sur le cliché du tandem raciste repenti / jeune métis. Un vrai jardin à la française, des lignes tracées sans surprises.
Magnifique. Le contrôle de l'adversité sublimé, la caricature élevée au rang d'art. Après notamment le beau et sévère "The Card Counter" (avec Oscar Isaac, 2021) Paul Schrader poursuit son évocation mathématique des abysses humains au travers des exigeants crédos dont font part ses héros marqués par l'enfer. Et quant aux fleurs, laissons-les parler d'elles-mêmes elles en parlent si bien.