“Oppenheimer” montre le talent de mise en scène de Christopher Nolan et son équipe pour rendre la narration impactante dès les premières minutes. La non-chronologie des scènes dans le passé et le présent est maîtrisée et intelligente, pour relancer la dynamique de manière habile.
La construction de la ville de “Los Alamos” et les travaux de recherche sur la bombe A puis l’essai final à grande échelle de la bombe avec une montée progressive en intensité,
en font des séquences clés et clairement les plus appréciées du long-métrage. Concernant le casting, il est également impressionnant. Ils défilent sous nos yeux dans la première demi-heure : Cillian Murphy, Roney Downey Jr, Matt Damon, Emily Blunt, Florence Pugh, Casey Affleck et Josh Hartnett, rien que ça.
Mais pour moi, c’est tout ce qui gravite autour de “Los Alamos” qui pose problème, une bonne partie aurait dû/pu être largement évincée ou raccourcie. Car “Oppenheimer” raconte à la fois tout et en même temps rien, tout va tellement vite. Ainsi abandonner le procès mêlant Levis Strauss et Oppenheimer aurait permis d'éviter de mélanger science et politique, d’en faire un film plus court et bien plus attrayant à mes yeux, surtout avec une dernière heure
(post atomique)
trop pauvre en action et bien trop lourde en discussion : changements de plan frénétiques et incessants, dialogues trop rapides, le tout manquant d’enjeu
(les raisons qui poussent Levis Strauss à se mettre à dos de Pr Oppenheimer ne sont pas bien claires)
, bien trop politique, avec très peu d’effets de surprise. Trois heures, c’est trop long. La dernière heure est vraiment pesante, à me poser la question à plusieurs reprises si cela est nécessaire d’aller jusqu’au bout, trop dense, trop inutile.
Le long-métrage se permet de rares moments de relâches et de pauses qui permettraient au film d’assimiler le nom et les caractéristiques de la vingtaine de personnages présentés, de s'imprégner de l’atmosphère, c’est à mon avis la plus grosse lacune de “Oppenheimer” avec un rythme bien trop cadencé. Même si on aurait pu présentir cette analogie avec le fonctionnement de la bombe atomique, la fission des atomes d'uranium ou de plutonium qui se propagent de plus en plus vite et en nombre, j’ai cette étrange impression que le spectateur est "bombardé" d’informations jusqu'à ce qu’il implose. Du coup, le grand nombre de personnages existant ne permet pas d’approfondir leur complexité et leur humanité. Ainsi Emily Blunt joue complétement à coté de la plaque, Rami Malek sort de nulle part mais il représente
le témoignage clé des accusations qui sont faites à L. Strauss (Robert Downey Jr.)
, Florence Pugh qu’on a à peine le temps de voir s'épanouir dans sa relation extra-conjugale avec Pr Oppenheimer. Bref, tout va trop vite, tout est grandiloquent.
Nolan avait aussi cette habitude de proposer des réflexions diverses d’ordre philosophique ou social, ici le thème de la bombe atomique reste très auto-centré. Également le parti pris de ne montrer que ce qu’il se passe "en interne" : “Los Alamos” et les personnages qui gravitent autour. Ainsi pas de visage de l'ennemi (Nazi ou Soviétique), aucun bombardement, uniquement ce qu’il se passe dans le Nouveau-Mexique et le projet de recherche de la bombe A. La BO puissante de Ludwig Göransson est appréciée.
Au-delà de la complexité des films du réalisateur, il manque dans “Oppenheimer” cette notion de voyage, ce quelque chose un peu hors du temps et des hommes, comme dans "Memento", "Interstellar" et "Inception" qui sont des missiles cinématographiques. “Oppenheimer” résonne comme un film complexe et recherché, c’est indéniable, mais il manque le souffle de la bombe qui nous fait dire : "j’ai vraiment pris une sacrée claque".