Adapté librement du roman Ripley s’amuse de Patricia Highsmith, L’Ami américain (1977) de Wim Wenders se présente comme un film noir existentiel, un anti-thriller revendiqué, porté par une esthétique singulière et des choix de mise en scène audacieux. Mais derrière cette ambition affichée se cache une œuvre dont la froideur et la lenteur laissent peu de place à l’émotion ou à l’adhésion narrative.
Dès les premières scènes, Wenders installe une atmosphère volontairement morose et désincarnée. La photographie, pourtant souvent vantée, m’a semblé plus appuyée qu’inspirée : chaque plan cherche à signifier quelque chose, à faire tableau, au risque de paraître maniéré. Le style visuel prend ainsi le pas sur le récit, créant une distance qui, loin de nourrir le malaise ou la réflexion, m’a plutôt maintenu à l’écart.
L’intrigue, elle, peine à captiver. Le ressort principal – un homme ordinaire, malade, entraîné malgré lui dans un engrenage criminel – aurait pu susciter l’empathie ou la tension. Mais tout semble traité avec une telle lenteur, une telle dilution dramatique, que l’on finit par se détacher du sort des personnages. Le scénario avance par ellipses, sans réel souci de clarté ou de progression. On a parfois l’impression d’assister à une suite de scènes sans véritable dynamique.
Quant aux personnages, ils restent, à mon sens, en surface. Jonathan Zimmermann, interprété par Bruno Ganz, incarne certes une forme de dignité silencieuse, mais son évolution dramatique manque de chair. Quant à Tom Ripley, incarné par Dennis Hopper, il est censé être trouble et fascinant, mais son jeu désinvolte confine parfois à l’apathie. L’ambiguïté du personnage devient alors flou, et le mystère, une absence d’intention claire.
Wenders semble vouloir faire de ce film un objet de contemplation plus qu’un récit à suivre. L’idée pourrait séduire, mais le résultat est ici d’une froideur marquante, voire rebutante. Là où certains voient une œuvre profonde et poétique, j’ai surtout vu un film figé, esthétisant et hermétique, qui peine à transmettre ce qu’il tente de suggérer.