Une adaptation très étonnante. Agaçante au début du film dès la première scène où l’on voit Driscoll demander Rémi et lui reprocher de l’avoir laisser à Vitalis. Le réalisateur fait des pirouettes scénaristiques assez ingénieuses il faut le dire. Il supprime des pans entiers de l’histoire au profit de l’émergence de certaines scènes importantes au demeurant, mais qui n’avaient été traitées dans d’autres adaptations…
Le grand atout du film, ce sont les acteurs. Un Vitalis que l’on voit très peu mais qui est très bien sauf au début quand il malmène Rémi en le forçant à travailler. Pierre Brasseur, le meilleur des kidnappeurs, père de fortune, mauvais mais malicieux et retors à l’envie. Mattia déçoit au début, mais l’adaptation faisant, il n’a pas tellement le temps de montrer son attachement au héros. Rémi est un peu trop petit, car il est plus débrouillard que ça normalement. Mais il est mignon, c’est pour cela qu’il a dû être choisi. Le problème du film c’est que la notion du roman d’apprentissage a été supprimée au profit du film d’aventure. Certains personnages secondaires sont développés et d’autres ont disparu. Mais je ne délaissera pas cette adaptation qui a des qualités certaines.
« Sans famille » écrit par l’écrivain normand Hector Malot en 1878 est l’un des romans patrimoniaux français du XIXème siècle, témoin des changements qui s’opèrent à l’heure où la France amorce sa mutation industrielle. Il relate par le biais du parcours initiatique d’un jeune garçon orphelin la condition miséreuse d’une grande partie de la société que l’on nommait alors un peu péjorativement « Les classes laborieuses ». « Sans famille » est en réalité le plus haut fait d’armes de Malot dont l’essentiel d’une œuvre pourtant prolifique est aujourd’hui oublié. Plusieurs fois adapté au cinéma notamment en 1932 par Marc Allégret, le roman fait l’objet d’une coproduction franco-italienne en 1958 réalisée par André Michel dont ses convictions le poussent naturellement à s’intéresser au sujet. Le scénario est écrit par Michel avec le soutien de Pierre Véry dont les romans célèbres ont déjà été adaptés au cinéma (« Les disparus de Saint-Agil », « L’assassinat du père Noël », « Goupi mains rouges », « Les anciens de Saint Loup ») et qui a déjà une solide expérience de scénariste. Pour l’occasion sont sollicitées trois figures emblématiques de l’époque. Gino Cervi tout d’abord, acteur polymorphe qui quelques années plus tôt a triomphé dans une autre coproduction franco-italienne sous la direction de Julien Duvivier en compagnie de Fernandel avec la saga « Don Camillo » où il campe un Peppone inoubliable, maire communiste buté et bougon aussi mais profondément humain. Pierre Brasseur ensuite grand second rôle du cinéma français, acteur complet à la diction si particulière qui le classe dans la catégorie des comédiens fantasques au côté de Louis Jouvet, Michel Simon et Jules Berry. Bernard Blier enfin déjà très connu qui va devenir au fil des ans et des quelques plus de cent films qu’il tournera l’archétype de celui dont on dit que même dans un navet il est excellent. Ces trois-là qui ont parfaitement compris l’humeur du roman veillent tendrement sur le tout jeune Joël Flateau devenu Rémi le jeune orphelin qui au gré de ses rencontres avec des profiteurs de tous genres va parcourir les routes de France et même d’Angleterre pour finir par découvrir ses réelles origines. Film bon-enfant et plutôt optimiste, « Sans famille » d’André Michel n’en expose pas moins une réalité qu’il faut regarder en face. A voir pour les prestations des trois acteurs précités et bien sûr du jeune Joël Flateau souvent émouvant mais aussi pour les participations amicales de Raymond Bussières, Daniel Emilfork et des impayables Roger Pierre et Jean-Marc Thibault.
Roman tire-larmes de l'enfance, aux improbables fluctuations, le "Sans famille" d'Hector Malot trouve dans le fim d'André Michel une adaptation plutôt réussie, c'est-à-dite concise et pas trop submergée par le pathos. Le petit Rémi (Joël Flateau une jolie nature compensant ses lacunes de comédien par une touchante candeur) pourra-t-il retrouver sa maman, une riche et belle anglaise dont on a jadis subtilisé le nouveau-né à cause d'une sordide affaire d'héritage? On ne doute pas qu'elle seule pourrait apporter à l'enfant le secours qui compte le plus, l'affection d'une mère.
Indépendamment de sa matière romanesque, le film doit beaucoup à certains jolis numéros d'acteurs.Je pense à celui de Pierre brasseur, dans le rôle savoureux la crapule Jeroboham Driscoll; je pense au brillant second rôle de Bernard Blier, le monstrueux Garofoli dans les griffes duquel pourrait tomber Rémi. Il a aussi Simone Renant, incarnant la mère idéalisée. Et on aperçoit spoiler: Roger Pierre et Jean-Marc Thibault jouer à Londres de gentils saltimbanques. Autant de personnages dégagés des pesanteurs courantes du mélodrame. Tant mieux.