1810 notesEn savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné
121 critiques spectateurs
5
32 critiques
4
34 critiques
3
32 critiques
2
15 critiques
1
8 critiques
0
0 critique
Trier par :
Les plus utilesLes plus récentesMembres avec le plus de critiquesMembres avec le plus d'abonnés
Filtrer par :
Toutes les notes
CrystalEagle
5 abonnés
132 critiques
Suivre son activité
3,5
Publiée le 31 juillet 2026
Deux maisons face à face, un lotissement tranquille, des voisins polis. C'est là que Truffaut installe son foyer d'incendie. Bernard et Mathilde ne se rencontrent pas mais ils replongent, et on entre dans leur histoire au stade terminal, dans le vocabulaire du manque, du sevrage et de l'overdose. Mathilde qui s'effondre dans un parking après un baiser a la démarche exacte d'une droguée qui vient de céder. Ce qui m'a le plus marqué, c'est leur décalage. Jamais ils ne souffrent à la même heure ni à la même hauteur. Aucun obstacle, aucun méchant, rien ne les empêche d'être ensemble sauf eux-mêmes, et c'est bien plus désespérant qu'un interdit. Autour d'eux, un monde d'hommes sourds où les femmes sont rangées sur le côté avec leurs blessures : l'éditeur qui censure, le psychiatre qui n'écoute rien.
Truffaut filme ce brasier avec une caméra de glace, et c'est précisément cette sécheresse que j'aime. Une brûlure qu'on ne sent qu'après coup. Tout passe par le vis-à-vis avec un plan fixe, un contrechamp, et le trouble surgit d'en face, sous des fenêtres qui se répondent. Le tout dessine une surveillance dont on participe grandement, comme si l'on observait de notre propre fenêtre. Un lotissement, donc, mais aussi une boîte de Petri où l'on a déposé deux cultures incompatibles. La première heure est dense et mordante. Puis je trouve la mécanique se referme, et la méthode se retourne contre le film. Ce qui était distance devient absence. La descente s'installe, chaque scène redit la précédente d'un cran plus bas, et j'ai lâché prise en même temps que Mathilde. À mesure qu'elle se défait, la lumière s'en va avec elle.
Fanny Ardant tient le rôle entier, et pourtant mon ressenti est que sa diction déclamée fait entendre le texte avant la femme. Le film construit leur dépendance avec une précision clinique mais leurs deux corps, eux, ne s'allument jamais. Gérard Depardieu joue exactement l'homme que Bernard doit être (lourd, mal logé dans son propre corps). Il joue juste, une bonne performance, mais pas mémorable. Celle qui m'a bouleversé, c'est la seule que ce monde d'hommes sourds n'a pas réussi à faire taire : Véronique Silver en Odile, sa béquille héritée d'un suicide manqué par amour, son ironie fatiguée, la seule à qui le film accorde un peu de tendresse. Cette oeuvre finalement, c'est surtout celle de Truffaut. Avant-dernier geste d'un cinéaste qui filme la femme qu'il aime mourir d'amour pour un autre, la fièvre était peut-être tout entière derrière cette caméra de glace.