Les films de procédures ne constituent plus l’exception au sein du cinéma français mais ne sont pas encore suffisamment ancrés dans la norme pour qu’on ne soit pas curieux d’en découvrir un nouveau, a fortiori s’il a remporté la Palme d’or à Cannes. ‘Anatomie d’une chute, c’est le procès d’une écrivaine, soupçonnée d’avoir assassiné son mari parce que les apparences du décès jouent contre elle. Au-delà de la (re)découverte d’un procès d’assises tel qu’il fonctionne en France, des experts qu’on interroge et retourne, donc on détruit les théories avec la plus insigne mauvaise foi, du linge sale qui aurait du rester intime mais qu’on déballe publiquement sous prétexte de comprendre toutes les variables du drame, ‘Anatomie d’une chute’ présente aussi des visées féministes mais qui ne sont ni dogmatiques ni simplistes, et observe plutôt la manière dont les instances officielles se penchent sur la moralité et la sexualité d’une femme pour tenter d’y déceler des preuves de culpabilité. Parfaitement écrit, même s’il se tient éloigné des coups de théâtre à l’américaine (les deux systèmes sont probablement très différents, à l’écran comme dans la réalité), Justine Triet s’avère capable, au fil des argumentaires et contre-argumentaires, d’entretenir le doute sur la culpabilité de la prévenue, démontrant en cela l’impossible quête de vérité qui caractérise le fonctionnement de la justice et qui impose, en cas de doute raisonnable, de choisir ce en quoi on a envie de croire. Le personnage du gamin aveugle (mais doté d’une mémoire auditive importante) était une excellente idée pour dynamiser les débats, même si son rôle ne devient essentiel qu’à deux reprises. D’une manière générale, ‘Anatomie d’une chute’ n’est pas ennuyeux et même pas trop bavard ou trop froid comme pouvait l’être cet autre film de tribunal qu’était “Saint Omer’ : on se situe ici consciemment dans un entre-deux, auteurisant mais pas trop, populaire mais pas trop, qui tente de concilier deux types de publics qui se rencontrent rarement. C’est peut-être ce qui lui a valu sa Palme car son approche de l’objet juridique, aussi riche et sérieuse soit-elle, reste finalement très académique, son militantisme et son rapport à son époque me semblent très mesurés et sa mise en scène ne recèle aucun éclat particulier. En comparaison de l’effet produit par certains thrillers, je ne me suis pas senti dans la peau d’un enquêteur du dimanche tentant de démêler le vrai du faux avec les éléments qui lui sont présentés, plutôt dans celle d’un de ces petits vieux qui vont user leurs semelles dans les salles d’audience pour tromper l’ennui et la disparition de Derrick.