Depuis ‘Athena’ et ‘Les Misérables’, on s’est habitué à voir arriver des films sur la banlieue vue de l’intérieur, et pas forcément sous son aspect le plus reluisant. Comme on n’évalue pas un film en fonction de sa capacité à édifier les foules, force est de reconnaître que ces deux-là étaient plutôt de bonnes expériences, qui faisaient surtout preuve d’une réelle virtuosité de mise en scène. D’une certaine façon, ‘La gravité’ fait partie de la même famille même si ses moyens sont beaucoup plus modestes. Le schéma est classique avec des “anciens” qui reviennent au bercail ou veulent en partir, mais se retrouvent ciblés par la jeune génération peu encline aux compromis sur son “territoire”. D’ailleurs, il n’est pas difficile de comprendre que cette “gravité”, c’est celle qui empêche, d’une manière ou d’une autre, de quitter un endroit dont il est pourtant vital s’extraire pour pouvoir donner sa pleine mesure, concept physique qu’on pourrait aussi travestir en “déterminisme social’. Si le film ne s’éloigne pas vraiment des clichés du film de banlieue récent et si Cédric Ido file avec plaisir ce genre de métaphores, il se révèle être également un véritable amateur de cinéma de Genre et de pop-culture, éléments qu’il exploite aux mieux pour filer un sacré coup de fouet à ‘La gravité’ : qu’il s’agisse des dealers qui se surnomment les rônins, de cet alignement des planètes à venir (auquel ils vouent un étrange culte), qui va bouleverser les lois de la physique et l’univers entier et teinte l’horizon de lueurs pourpres, on découvre un vernis geek et science-fictionnel pas déplaisants pour emballer ce film dont on aurait juré qu’il allait plutôt embrasser l’approche “socio-auteurisante”. Quant à la baston finale avec Joshua et Daniel, elle est nerveuse mais modeste…et une idée toute simple, mais typiquement geek, fait d’elle la séance de tatane la plus enthousiasmante vue dans un film français depuis très longtemps, à peu près le même effet, toutes proportions (esthétiques) gardées que la fameuse scène du couloir dans ‘OldBoy’...!