Les premières images du film « Soudan souviens-toi » de la documentariste à la double nationalité franco-tunisienne Hind Meddeb, montre une capitale, Khartoum, ville fantôme, où seules les fresques sur les murs, rappelle l’effervescence passée...depuis la guerre « dite des généraux » a repris en avril 2023, entre le chef de l’armée dite « régulière », le général Abdel Fattal al Burham et le chef des Forces de soutien rapide, force paramilitaire aux ordres du général Mohamed Hamdam Dogolo...soutenu par des pays extérieurs..., n’oublions pas que le Soudan est riche en or, uranium, pétrole et sans doute diamants , tout pour attiser la convoitise de certains pays...C’est une guerre dont on ne parle pas .. . Or depuis avril 2023, plus de 10 000 personnes ont été tuées. Les déplacés internes et à l’extérieur se comptent en millions. Une partie de la population est forcée de s’exiler dans des pays voisins, eux aussi instables, comme le Soudan du Sud ou le Tchad, ...ce qui sera le cas des principaux intervenants dans le film.
Retour en 2019, la caméra de Hind Meddeb montre un Khartoum, ville libre, vivante, vibrante et notamment ce sit-in géant qui a suivi la chute du dictateur islamiste Omar el-Béchir au pouvoir depuis 30 ans...ce sit-in pacifique d’avril-mai 2019 organisé par les manifestants en face des bâtiments du ministère de la Défense à Khartoum visait à obtenir de l’armée qu’elle prenne enfin clairement position en faveur de la révolution...
Sur ce sit-in, jour et nuit des milliers de jeunes (essentiellement) , hommes et femmes, voilées ou pas, scandent des slogans, improvisent des litanies, des poésies, rappent, slament...peignent de superbes fresques sur les murs...veillent sur leur chère « révolution » réclament la madanya (le pouvoir aux civils). Le sit-in sera évacué de force, le 9 juin, 127 morts, dont les visages prendront place sur les murs de la ville, mais il forcera le Conseil militaire de transition à composer et accepter un partage du pouvoir et une passation de celui-ci aux civils à l’horizon de 2022... (on sait hélas aujourd’hui ce qu’il en est advenu) ...
Armée de sa seule caméra, Hind Mebbed filme à chaud, la jeunesse qui se soulève, l’espoir qui se lève, l’exaltation communicative du peuple...ces femmes qui se font interviewer, l’œil brillant, et qui sont l’âme de ma révolte.... Une plongée au cœur d'une période qui a fait naître l’espoir chez la jeunesse soudanaise durant les années qui ont suivi la chute de la dictature d’Omar Al-Bachir et avant le retour de la guerre civile.
« Soudan souviens toi », n’est pas un reportage journalistique d’où la réalisatrice vient originellement, mais une modalité poétique, musicale, qui fait à la fois sa grande force, et parfois peut-être sa fragilité...notamment dans la difficulté se retrouver dans la chronologie des évènements ...cela m’a au moins amené à me replonger dans l’histoire récente du Soudan...Inoubliables soudanaises et soudanais...