Stéphane Demoustier nous livre probablement ici son meilleur film après le drame inspiré d’un fait divers « Terre battue » et le suspense judiciaire « La fille au bracelet », tous deux déjà réussis. Cinéaste du réel que l’on pourrait rapprocher d’un Joachim Lafosse dans son choix de sujets et la manière dont il les investit, il nous propose avec « Borgo » une œuvre en milieu carcéral, sous-genre en soi, situé sur l’Île de Beauté. Pas vraiment un drame, pas vraiment un film social et pas vraiment un polar, son nouveau long-métrage est un peu tout cela à la fois et cela lui va bien. On suit une surveillante pénitentiaire qui vient d’être mutée en Corse et qui prend ses marques avec son mari et ses enfants dans cette région singulière. Au sein de la prison comme à l’extérieur, elle apprend peu à peu les codes propres à l’île et ses malfrats. Mais elle va peu à peu tomber dans un engrenage tandis qu’en parallèle, un double meurtre en plein jour met des enquêteurs locaux à contribution.
Tout dans le film est maîtrisé et nous captive pendant près de deux heures. La mise en scène de Demoustier n’est jamais dans l’esbrouffe : âpre, efficace et proche du naturalisme, elle est au plus près de ses personnages et de leurs émotions mais ne néglige pas pour autant les plans larges lorsqu’il le faut. En revanche, il est vrai que même si « Borgo » se déroule en Corse, il ne faut pas compter sur de belles images de la région, le cinéaste s’en tenant à la cité où habite le personnage principal, les murs de la prison et un aéroport la plupart du temps. Aucun plan ostentatoire ou esthétisant ici donc. Ensuite, le script est admirable. S’il commence presque comme un film documentaire sur le milieu carcéral qui décortique les us et coutumes bien différents des prisons corses (à ce titre le film semble très documenté), petit à petit une sorte de suspense se met en place à base d’engrenage pernicieux. Et on est happé par cela. D’autant plus qu’en filigrane, on suit une enquête policière tout aussi intéressante.
La malice du script et un montage habile nous permettent peu à peu de comprendre de quoi il retourne. On n’en dira pas plus pour ne pas déflorer la surprise mais voilà un scénario astucieux doublé d’une manière de dévoiler les images et de présenter la chronologie du film très adroite et singulière. « Borgo » est donc prenant de bout en bout, intéressant par les microcosmes sociaux qu’il exploite (la prison corse, les guerres de clan qui s’y déroulent et une famille qui se reconstruit). C’est une œuvre maîtrisée sous tous ses aspects. Et comme l’interprétation est impeccable, des comédiens professionnels à ceux qui le sont moins, on ne peut rien redire. Hafsia Herzi excelle d’ailleurs dans ce rôle même si elle semble toujours jouer sur la même tonalité et avec les mêmes mimiques et expressions dans ses divers rôles. Cependant, cela correspond ici parfaitement au personnage donc c’est parfait mais on a plus de mal à comprendre qu’elle ait eu le César de la meilleure actrice cette année au vu de la concurrence. Ceci mis de côté, voilà un bon film qui, s’il n’est pas exceptionnel, ne souffre d’aucun défaut majeur.
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