Il y a dans Le Livre des solutions quelque chose d’à la fois sincère et épuisant, comme si Gondry filmait sa propre perte de contrôle en cherchant encore à y trouver du sens.
Le film raconte l’histoire d’un réalisateur en crise qui fuit ses producteurs pour terminer son œuvre dans la maison de sa tante, au cœur des Cévennes. Le Livre des solutions dresse le portrait d’un artiste en quête de sens, oscillant entre intuition géniale et désordre intérieur.
Tourné dans l’Aveyron, le film s’inspire directement d’une période de crise vécue par Michel Gondry, qui transpose ses débordements créatifs et ses doutes dans un récit intime, libre et foisonnant. Le tournage en garde l’esprit d’improvisation et de spontanéité, notamment dans le jeu de Pierre Niney, véritable vortex d’énergie. Gondry filme le processus de création dans sa beauté chaotique, comme s’il rejouait sa propre lutte contre la perfection, cherchant à transformer la confusion en art et l’instabilité en vérité.
Michel Gondry signe ici une œuvre personnelle, presque confessionnelle, sur la création et ses vertiges. On y retrouve ses obsessions : le bricolage, l’inventivité permanente, la frontière trouble entre imagination et folie douce. Mais cette fois, la magie semble tourner à vide. Derrière le charme artisanal et la fraîcheur de l’approche, on sent surtout une énergie dispersée, un désordre que le film contemple plus qu’il ne le maîtrise.
J’ai trouvé que le scénario avançait un peu comme un fil de l’eau : on ne sait jamais vraiment où l’on va, à l’image du personnage principal. J’ai ressenti cette figure du “génie fou”, mais le film rend ses excès étrangement possibles, là où ils devraient s’effondrer. La relation amoureuse qui s’y glisse m’a semblé un peu surréaliste, presque forcée, et manquant de cohérence. En revanche, la représentation de la phase maniaque m’a paru très juste : crédible non pas comme moteur de création, mais comme reflet d’un véritable trouble.
Le ton oscille sans cesse entre comédie absurde et autoportrait mélancolique. Pierre Niney s’amuse à incarner un cinéaste égocentrique et épuisant, mais son personnage reste enfermé dans la caricature du “génie incompris”. Certaines scènes touchent juste, d’autres paraissent répétitives, et les délires se succèdent sans toujours nourrir le propos.
Visuellement, le film garde le goût du bricolage propre à Gondry : décors réels, trouvailles visuelles, atmosphère tendre et bancale. Pourtant, cette esthétique familière peine à retrouver sa poésie d’antan. J’ai eu le sentiment d’un réalisateur honnête, mais désormais prisonnier de sa propre formule.
Le Livre des solutions est un film attachant mais inégal, spontané mais brouillon. Il parle de création avec passion, mais finit par lui ressembler : un carnet d’idées inachevées, rempli de belles intuitions qui ne se transforment jamais en véritable émotion.