Qui est le film ?
Réalisé par Jake Schreier, Thunderbolts est l’un des projets les plus singuliers de la Phase 5 du MCU. Il rassemble une équipe de personnages souvent relégués aux marges du récit super-héroïque : Yelena Belova, Bucky Barnes, Ghost, Red Guardian, US Agent et Sentry. En surface, le film promet un récit d’équipe façon Suicide Squad. Il veut redéfinir l’idée d’héroïsme par l’intime plutôt que par le spectaculaire.
Après une série de productions Marvel marquées par la surenchère visuelle et la dilution thématique (notamment autour du multivers), Thunderbolts se présente comme une tentative de recentrage : moins de galaxies, plus de visages.
Que cherche-t-il à dire ?
Le cœur du film réside dans une ambition claire : faire de ses personnages non pas des sauveurs, mais des survivants. Des êtres brisés, déclassés, hantés par leurs propres fautes et contraints de cohabiter.
Cette ambition, aussi modeste soit-elle dans le cadre Marvel, crée une tension productive : peut-on vraiment faire un film de super-héros qui tourne le dos à la puissance ? Peut-on épouser les failles sans trahir les attentes du genre ?
Par quels moyens ?
Le film s'ouvre sur Yelena, seule, remplissant une mission. Presque à contretemps dans l’univers Marvel. Un saut dans le vide. La scène installe le silence comme moteur premier, et tend progressivement vers la cadence attendue des grandes productions Disney.
À l’inverse des batailles cosmiques habituelles, les affrontements ici sont courts, presque maladroits, avec moins de CGI avec une vraie volonté de mise en scène. L’instabilité des corps, le manque de lisibilité, font ressentir la fatigue, l’usure, la violence réelle.
La bande-son, discrète, composée par Volker Bertelmann, renonce aux thèmes épiques. Un motif au piano revient dans les scènes de solitude, sans chercher à souligner l’émotion. Ce choix de retenue participe à l’élaboration d’un ton inhabituel pour l’univers Marvel et participe à la grandeur du film.
Où me situer ?
Thunderbolts prend des risques mesurés, mais réels, dans sa manière d’explorer la défaillance comme moteur narratif. Il offre des instants de vérité, de fragilité, qui manquent cruellement à d’autres productions Marvel.
Mais le film reste prisonnier de son cadre. Le récit peine parfois à articuler l’intime avec l’enjeu global. Des scènes entières semblent télécommandées par les impératifs de la franchise : clins d’œil, préparation aux prochains opus, rappels superflus. L’écriture ne va pas toujours au bout de ses idées. Et certaines relations restent en surface.
Quelle lecture en tirer ?
Thunderbolts est un film de transition, et cela se ressent. Il tente d’infléchir la formule Marvel vers quelque chose de plus habité. Il y parvient par endroits, grâce à quelques scènes tendues, à une direction d’acteurs sobre, et à un refus salutaire de l’héroïsme triomphal. Il échoue ailleurs, lorsqu’il cède à la narration automatique ou au symbolisme forcé.
Un film bancal qui propose un rééquilibrage du MCU vers l’intérieur. Il vaut moins pour ce qu’il raconte que pour ce qu’il tente : reposer la question du héros, non pas en termes de puissance, mais d’humanité.