Un autre film qui faisait partie de mes grosses attentes de l'année, et que j'aurai voulu aimer davantage.
Premier film d'Isaiah Saxon (venant du monde du clip), co-produit par les frères Russo (bien loin des films du MCU) cette «Légende d'Ochi» est une fresque fantastico-familiale estampillée A24, convoquant des œuvres comme «.», «Dragons», «Hook» ou encore le «Peter et Eliott le dragon» de David Lowery de par son décor forestier (avec une touche de Wes Anderson période «Moonrise Kingdom»).
Le film nous raconte une rencontre imprévue : celui de Yuri (interprétée par l'actrice allemande Helena Zengel...regardez d'ailleurs le très bon «Benni», vous me remercierez plus tard), une adolescente taciturne et curieuse, seule fille dans un groupe de garçons formé par son propre père pour chasser (voire tuer) les Ochis, des "créatures dangereuses" occupant leur forêt, avec un bébé Ochi (à mi-chemin entre Gizmo et un Grogu poilu) qui a été oublié par sa meute.
Yuri va alors tout faire pour ramener ce bébé à ses parents, quitte à laisser les siens derrière elle.
À travers ce voyage initiatique qui s'opère, Saxon nous parle de la peur (absurde) de l'autre, des apparences trompeuses et de la famille (dés)unie, mais de manière plutôt simpliste en général, même pour une œuvre à destination de toute la famille.
Et c'est ce que je reprocherai principalement à ce film : un certain manque d'écriture pour la plupart de ses personnages (à l'image du jeu peu subtil de Willem Dafoe, interprétant le père de Yuri et l'antagoniste principal,
qui finit par changer d'opinion en moins de 2 minutes chrono
) et de chaleur humaine dans son exécution, nous déroulant un récit assez convenu, à l'image de son final (
les retrouvailles entre 2 enfants et leurs mères respectives, et la reconnexion entre 2 mondes qui se sont éloignés avec le temps et ont fini par se craindre l'un et l'autre
), trop expéditif et programmatique pour y croire vraiment et me faire parvenir l'émotion qui devrait se dégager de ce genre de conclusion.
Une écriture assez fragile donc, mais contrebalancée par un soin tout particulier apporté à l'aspect formel du film.
Le cadrage des plans et de la photographie procurent à celui-ci une étrange poésie bienvenue, et les décors envoûtants de cette île brumeuse située quelque part dans la Mer Noire permettent de nous évader le temps d'une séance. Et je l'en remercie pour ça.
Sans oublier bien sûr le rendu des Ochis, ces créatures communiquant entre elles non pas par les mots mais avec leurs émotions, pour lesquelles on a opté pour la technique de l'animatronique et des marionnettes. Et à l'époque du tout numérique, voilà un choix qui fait d'autant plus plaisir sur grand écran.
Un film d'aventure intimiste plein de bonnes intentions, mais qui a du mal à s'émanciper de ses inspirations et à exister véritablement par lui-même, nous déroulant une histoire trop classique et manichéenne, accompagnée d'une musique quasi-omniprésente et de quelques ruptures de ton maladroites, mais à l'esthétisme soigné et à l'ambiance très plaisante.
Une fable réussie dans sa forme, mais bien plus inégale dans son fond. 6-6,5/10.