Le film le plus accessible au grand public des Joachim Trier, de par la pluralité de son scénario (très convenu, on se l'avoue, mais qui change des autres récits linéaires qui ont pu ennuyer une grande partie des spectateurs devant Oslo 31 août ou Julie en 12 chapitres) qui suit une famille en reconstruction, un père qui revient sur le tard pour renouer avec ses deux filles plus que méfiantes (quel intérêt le patriarche cache-t-il derrière ces retrouvailles à l'improviste ?), d'autant plus que ce dernier a le projet de tourner un film sur leur vie (alors comment ne pas penser qu'il ne revient que pour grappiller des infos qui nourriront son film, et qu'il se fera de nouveau la malle quand l’œuvre sera terminée ?). A ce petit jeu du papa ambigu, dont on tente de ne pas se fier à la bonhommie naturelle, Stellan Skarsgard est brillant, mais il lutte ardemment face à la révélation du film, à savoir Inga Ibsdotter Lilleaas (elle éclipse Renate Reinsve à chaque scène, malgré le talent de cette dernière), déchirante en sœur/fille qui ne sait jamais comment se positionner dans ce conflit familial très hypothétique (chacun y va de sa petite supposition sur les intentions du père, ce qui rend dingue cette cadette, déjà qu'elle s'inquiète pour sa sœur qui avait sauté le pas du "passage à l'acte" quelques temps auparavant... Vraiment, les personnages sont très bien écrits). Il y a évidemment beaucoup d'auto-critique de Joachim Trier sur son propre métier de réalisateur, il se traite presque d'opportuniste de la vie, de sa famille, de ses expériences qui servent à construire ses films. On regrettera néanmoins la mise en scène moins virtuose que d'ordinaire (bien plus classique), une grosse demi-heure en trop (on a succinctement piqué du nez au milieu, et l'on était loin d'être un cas isolé), et des enjeux qu'on nous souligne un peu trop (les personnages aiment bien ré-expliquer ce qu'ils pensent de la situation, sans laisser d'espace de réflexion au spectateur, l'aspect psychologique de chaque personnage est prémâché en permanence, dommage, mais d'un autre côté cela participe à l'impression beaucoup plus "mainstream" de ce film dans la filmo de Trier, bien plus abordable pour un néophyte). Et aussi on a boudé (c'est faux) en découvrant avoir fait une journée de figuration pour ce film (les séquences à Deauville), et qu'au final tout a été coupé (n'a été gardé qu'un plan rapide d'une salle de cinéma... Allez, sans rancune). La dernière scène est quand même une petite trouvaille que l'on retient comme étant le meilleur de ce Sentimental Value, un twist qui nous a joliment dupé (alors, chapeau). Que vous aimiez ou non Joachim Trier, ce Sentimental Value pourrait bien vous réconcilier ou vous conforter dans votre appréciation de son cinéma, tant il accueille le grand public avec une bonhommie certaine (et sans arrière-pensée...contrairement à ce Papounet mielleux ? Vous le découvrirez...).