Le ballet des sentiments
Il est danois. Depuis 2012 et son Oslo, 31 août, il collectionne les grands films et les récompenses, il s’appelle Joachim Trier et cette fois, avec ces 133 minutes, il a reçu le très convoité Grand Prix à Cannes. Agnes et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux. Ce film est une pure merveille à ne rater sous aucun prétexte. Le nouveau Bergman est né.
Contrairement à ses films précédents centrés sur un protagoniste unique, Valeur sentimentale suit plusieurs personnages, ce qui multiplie les perspectives émotionnelles et offre une expérience plus immersive et fragmentée. Ici, avec une narration chorale, il joue sur les points de vue multiples, les allers-retours temporels et les émotions croisées. Mais chose surprenante et originale, c’est la maison de famille qui reste au centre de l’intrigue en devenant un point de départ pour aborder un récit plus complexe : une profonde réflexion sur la vie et nos attentes. On comprend que l’équipe du film a mis beaucoup de temps pour dénicher cette demeure qui devait non seulement servir de décor, mais aussi incarner physiquement la mémoire affective des personnages. Elle reflète ainsi le poids des relations humaines, des secrets enfouis. Outre la relation très forte entre les deux sœurs, le personnage de Gustav, réalisateur absent confronté à ses filles, interroge sur ce qu’un parent transmet sans le vouloir. Bref, le portrait d’une famille dysfonctionnelle, qui parle de deuil impossible, d’absence du père, de rapport au temps qui passe et à la vieillesse et pose un réel questionnement de la vision d'artiste, et du mélange complexe entre art et intimité. Oui, je sais, beaucoup de sujets, souvent graves, et pourtant on ne voit pas passer ces deux et quart de pur bonheur.
De film en film, ma conviction est de plus en plus forte, Renate Reinsve est une immense actrice. Stellan Skarsgård, que je n’avais pas revu – à part son rôle dans les deux volets de Dune -, depuis 2017 dans Retour à Montauk, est lui aussi un grand comédien et son affrontement avec Renate Reinsve est passionnant. Ce pur chef d’œuvre m’a permis de découvrir également Inga Ibsdotter Lilleaas, magnifique également. Quant à Elle Fanning, elle excelle dans le rôle d’une star hollywoodienne en quête de sens. En conclusion, un long-métrage fabuleux, qui ne m'inspire rien d'autre qu’amour et admiration.