Oslo 31 août était un chef-d’œuvre, Valeur sentimentale est un excellent film. Le premier avait une trajectoire limpide, constamment traversée par la gravité de la mort annoncée, ponctuée de moments éminemment poétiques. Le second, Valeur sentimentale, propose un récit complexe, extrêmement bien mis en scène, extrêmement bien interprété par les quatre comédiens principaux. La bande-annonce nous oriente résolument vers le conflit avec le père ; l'affiche nous rappelle que le film est aussi l'histoire de deux sœurs ; et l'attention portée par la critique et les médias sur Renate Reinsve dit bien qu'il s'agit avant tout d'un cheminement individuel.
Julie en 12 chapitres (Trier, 2021) proposait dans sa première partie une expérience similaire : même actrice, même organicité de la mise en scène, même univers socio-culturel. Mais le film s'alourdissait finalement dans des considérations assez pataudes. Ce n'est pas le cas de Valeur sentimentale qui conserve tout le long un même niveau d'intérêt.
Cependant, le film n'atteint pas le même niveau que ses homologues auxquels on pense régulièrement : Oslo 31 août, donc, Rois et reines d'Arnaud Desplechin, Sils Maria d'Olivier Assayas. Et ce, d'abord car il est parfois plombé par des scènes lacrymales assez artificielles. La sœur en pâtit car, alors que la comédienne joue très bien, beaucoup de ses apparitions sombrent dans des émotions assez basiques. Et en second lieu, car on n'atteint jamais vraiment ce point d'abstraction qui existe chez le premier Trier, Desplechin ou Assayas. Alors que la mise en scène est incroyablement maîtrisée et que les comédiens ont des capacités hors du commun, Joachim Trier se limite à une chronique familiale. Un modèle du genre, certes, mais pas davantage. Son personnage de cinéaste vieillissant lorgne du côté d'Ingmar Bergman, mais, dans un contexte où Mia Hansen-Love dans Bergman Island avait su entrer dans l'abstraction métaphysique de son modèle, Trier reste ici sur le seuil.