Valeur sentimentale: la maison où nous avons grandi, la maison de notre enfance, même quand cette enfance n'a pas toujours été sereine. Même quand, ou surtout? Cette maison, c'est la valeur sûre quand les relations parentales se délitent.... Et celle du film, derrière son jardin fleuri de roses, un peu vieillotte avec sa façade de bois rouge sombre -très scandinave donc, c'est bien celle dont on rêve!
Il y a donc beaucoup de choses jolies, profondes dans ce film un peu long, un peu trainard parfois, sur l'influence de l'enfance dans nos personnalités, dans nos choix d'adultes; aussi sur l'égoïsme de l'artiste -je suis un artiste, donc je suis égoïste, quel bel alibi... sur le travail théâtral ou cinéastique. Film à voir donc.
Les parents qui s'étaient aimés, se disputaient comme des chiens, jusqu'à ce que le père, le cinéaste, ne disparaisse, ne donnant que très épisodiquement des nouvelles à ses filles qu'il prétendait pourtant adorer. Stellan Skarsgard est absolument génial dans sa composition d'un vieil égoïste, inconscient, toujours joyeux. La maison lui appartient toujours: à la mort de la mère, il peut en disposer. Le voila qui revient dans le paysage, comme si de rien n'était. Sa fille cadette, Agnes, (Inga Ibsdotter Lilleaas) l'accueille tendrement. Elle est devenue universitaire, elle est mariée, elle a un petit garçon. Elle ne traîne pas, ou peu, le fardeau de son enfance. Il faut dire que son ainée, Nora, l'a toujours protégée, préservée.
Nora, (Renate Reinsve) elle, va très mal, et refuse ce retour (en grâce?) du père volage. Elle est actrice de théâtre, elle a du succès, malgré des crises de panique... Symptomatique qu'elle ait choisi de travailler dans le même secteur que son père, mais à un niveau que l'on peut considérer comme plus noble...
Voila que le père se met dans la tête de tourner, dans le décor de la maison, un film
inspiré de l'histoire de sa propre mère, qui s'y est suicidée
, et d'y faire jouer Nora... A défaut, il fait jouer une actrice américaine très connue, Rachel, avec qui il semble s'entendre comme deux vieux amis. La encore on se demande: cruauté? ou totale irresponsabilité? Je n'ai jamais été très fan d'Elle Fanning, elle fait ce qu'elle peut -et montre bien à quel point Rachel elle-même évolue , mais à côté des deux nordiques, la norvégienne et la danoise, si vraies, si justes, toutes deux excellentes, elle a du mal à exister. Enfin, elle est beaucoup plus jolie quand à la fin du film, elle a des cheveux châtains au lieu de cette vilaine étoupe blondasse.
J'espère vous avoir donné envie de découvrir la suite du film...