Parfois, sans savoir pourquoi, on semble être en décalage avec l’avis général sur une œuvre ou un auteur, que cet avis soit critique ou public. Le Grand Prix cannois de 2025, « Valeur sentimentale » rentre dans cette catégorie et plus encore. Une œuvre certes imposante et ambitieuse mais qui nous a laissé de marbre et l’impression désagréable voire gênante d’être passé à côté. Bien sûr, tous les goûts sont dans la nature et c’est aussi cela qui fait la beauté du septième art (et des débats qui vont avec). Parfois, quand c’est au point de ne pas comprendre un seul instant les louanges attribuées à une œuvre, on se pose quand même des questions. Mais il en est ainsi. Et si certains des premiers films de Joachim trier nous avait conquis comme le superbe « Oslo, 31 août » et le moins connu et qui braconnait sur les terres du fantastique « Thelma », ceux qui lui ont valu une reconnaissance internationale avaient moins emballé. En effet, on avait trouvé que « Julie (en 12 chapitres) » était sympathique mais pas si extraordinaire qu’attendu et ce « Valeur sentimentale » n’est vraiment pas à la hauteur de sa prestigieuse réputation.
Pour faire simple, il semblerait qu’en se la jouant Bergman moderne, Trier veuille cocher toutes les cases du cinéma d’auteur de festival à tendance pénible, option soporifique. Le genre d’œuvre qui enchante les festivaliers ou les critiques avides de cinéma pointu, qui les brosse dans le sens du poil, mais peut en agacer la plupart. Sauf qu’ici, mystère, il flatte visiblement la majorité des spectateurs. Ce « Valeur sentimentale » est pourtant très long. Trop long. En plus d’être particulièrement lent. Et les thèmes abordés ici le sont de manière quelque peu erratique. Comme si le script n’avait ni boussole narrative, ni véritablement un discours clair. On passe d’un sujet à l’autre, d’un personnage à l’autre sans réel liant. Et plus le film avance, plus on se décourage et plus on s’ennuie copieusement.
Pourtant, le film contient quelques beaux moments de cinéma, on ne pourra le nier. Comme on ne pourra rien reprocher aux acteurs. Renate Reinsve, la révélation de « Julie (en 12 chapitres) » et prix d’interprétation cannois pour ce dernier, est toujours aussi brillante même si on l’a vue bien plus marquante cette année dans le tout aussi froid et long « La Convocation ». Elle Fanning et Inga Ibsdotter Lilleaas sont tout aussi impeccables mais c’est peut-être Stellan Skarsgaard en patriarche insaisissable qui s’avère le plus remarquable. « Valeur sentimentale » parle de la famille et des souvenirs de manière brouillonne, abandonnant des pistes et laissant des zones d’ombres étranges (la narratrice?) mais il est aussi question de cinéma et de son pouvoir de cohésion et de réconciliation salvatrice. Néanmoins, la mise en abyme finale attendue et ce genre de propos sur le septième art s’inspirant de la vie et inversement est une rengaine connue qui ne trouve pas vraiment de discours novateur ici. Du grand cinéma de chambre plus que du grand cinéma tout court pour l’auteur de ces lignes...
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.