Il y a les films qui nourrissent le cœur, d’autres la passion, d’autres le cerveau, et puis il y a les grands films, ces films qui, même dans leurs silences, même dans la sensation d’une espèce d’arythmie, sont traversés par un souffle, et nourrissent tout ce qui fait de nous des vivants.
On ne sait pas pourquoi, si c’est le réalisateur, les actrices, les acteurs, le scénario, la précision des personnages ou de la mise en scène, mais quand le film est grand, il marque, il laisse une empreinte.
Valeur Sentimentale (Sentimental Value) de Joachim Trier, Grand Prix à Cannes en mai dernier, m’a donné envie d’écrire, ça fait ça chez moi les grands films, ça me donne envie d’écrire, quand j’avais 20 ans ça me donnait envie d’être acteur.
Renate Reinsve, formidable actrice norvégienne que j’avais adorée dans Julie (en 12 chapitres) [trouvez ce film sur une plateforme et regardez vite ce petit bijou ! Joachim Trier était aussi derrière la caméra] délivre une performance magnifique d’intensité et justesse.
Stellan Skarsgard est formidable dans le rôle du père déchiré entre les conséquences de son absence et sa volonté de réparer (avec ce côté parfois dur qui rappelle le baron Harkonnen dans le Dune de Villeneuve, et très humain au fond de son regard) et mention à Elle Fanning, qui a tout d’une grande, et Inga Ibsdotter Lilleaas, parfaite en sœur confidente et complice de Nora/Renate.
Le final est à l’image de ce film, intelligent, fin, émouvant, une très belle fiction de cinéma qui parle de fiction et de cinéma, à moins que ce ne soit une fiction qui parle de la réalité, celle qu’on avoue à travers les mots d’un scénario, à travers le prisme d’une caméra.