Valeur Sentimentale voit Joachim Trier loucher du côté de Bergman, ce qui devrait ravir une bonne partie des cinéphiles en manque de ce genre de réflexion sur les rapports familiaux et sur l’Art, à la fois retorse et feutrée, à la manière du maître disparu. (Benzine ; 23/08/2025)
Gustav Borg, un cinéaste, tente de relancer sa carrière et de renouer avec ses filles, Agnès et Nora. Il propose le rôle principal de son film, celui de sa consécration, à Nora, qui fait carrière dans le théâtre, mais celle-ci refuse. Le rôle échoit alors à une star hollywoodienne, et reviennent les souvenirs douloureux d'une famille désunie dans les murs de cette maison qui ont accompagné leur vie sur plusieurs générations.
Une image magnifique qui se joue des tons et des couleurs nous figeant par leur beauté. Nora est une artiste avec ses doutes et ses angoisses, ses exigences, une entrée en scène qui nous stresse autant qu'elle. Une vie de famille avec ses décès, ses questionnements, ses interrogations et la déception d'un père présentant comme un rachat un rôle principal, quand sa fille lui déclare franchement qu'elle ne participera pas à son film. Les personnages d'une famille ne jouent pas un rôle, ils sont. Aussi fragile soit-elle Nora ne joue pas la grande sœur qui reproche à son père de les avoir laissé. Derrière lés écrans et les scènes de théâtre, c'est l'envers du décors qu'on nous présente avec de belles images émouvantes. Ce film est très beau à regarder.
Mais le personnage central c'est cette maison qui a une vraie présence, presque un caractère. On est clairement sur une villa en bois d’inspiration scandinave, avec des touches néo-gothiques teintée de romantisme national nordique. On remarque les grandes fenêtres verticales qui laissent entrer beaucoup de lumière et gardent vos sombres côté à l'intérieur. Ce type d’architecture est typique de la fin du XIXe , début XXe siècle en Norvège : chaleureuse, un peu nostalgique, très ancrée dans la nature. Elle est entourée d’arbres, presque enveloppée par la végétation, ce qui renforce l’idée d’un lieu intime, protégé, mais aussi isolé. La maison n’est pas juste un décor. Chez Joachim Trier, les lieux portent la mémoire. Cette maison représente : Elle incarne l’attachement aux souvenirs, d’où le titre. Ce n’est pas simplement une question de valeur matérielle, mais de charge émotionnelle. Les pièces, les fenêtres, la lumière… tout semble contenir quelque chose d’invisible. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle paraît accueillante au premier regard, mais plus on la regarde, plus elle semble dense, presque lourde de souvenirs. Une histoire de famille dont la maison est le seul témoin des vrais sentiments de ses habitants passés et à venir.
Un artiste a besoin d'être libre. Est ce que, c'est compatible avec une vie de famille qui pourrait nuire à son art ? Malgré le succès, les félicitations, la solitude de l'artiste est bien réelle. L'artiste reste un être humain qui ne veut que la reconnaissance de ses proches pour se sentir bien dans sa peau.
Tout ça c'est bien philosophique, beau, poignant, touchant, mais au bout d'un moment, trop long. Les protagoniste y chialent de trop. On attend qu'il se passe quelque chose. Du sexe, du mouvement, une étincelle … Ma note sera de 3,03 sur 5. J'ai failli m'ennuyer.
Le dénouement, qui dévoile les coulisses d’un décor de studio, prend acte d’une distanciation entre la maison personnifiée des débuts et sa nécessaire artificialité pour entrer dans le champ cinématographique, alors que la victoire du créateur génère son lot d’ambiguïtés sur la pérennité de son emprise. Les failles n’ouvrent pas que sur l’abîme de la dépression : elles fissurent aussi un édifice qui doit être malmené pour que la lumière puisse passer. (Benzine ; 23/08/2025)