Le contresens semble être la spécialité des traducteurs de films en France. Le fait d’affubler « La Soif Du Mal » au titre « Touch Of Evil » montre à quel point l’équipe chargée de la distribution du film en France n’avait pas vraiment compris le film. Plutôt que peindre tout en noir son personnage de policier véreux, Welles voulait faire quelque chose de bien plus complexe : incarner un être, qui tout en ayant l’apparence, la touche du Diable, veut donner des « coups de pouces » à la justice. Faire le bien, en fait. Le jeu d’acteur de Welles et sa réalisation d’un point de vue technique dans certaines scènes (les 1ère et dernières notamment), relèvent du pur génie. Cependant, il est à déplorer deux choses : 1) la présence d’acteurs secondaires archi mauvais faisant perdre toute crédibilité aux rebondissements de l’intrigue, 2) le choix intempestif de Welles de complexifier à l’excès l’intrigue principale (qui au départ concerne la recherche du coupable de l’explosion) par l’intrusion d’autres intrigues mineures (l’enlèvement de Suzie, la drogue, le crime de Grandi etc…). Ces télescopages d’intrigues donnent l’impression d’un imbroglio et alourdissent la cadence du film. Même les génies ne savent pas toujours s’arrêter à temps.
C'est après une absence de dix ans qu'Orson Welles retrouve Hollywood pour mettre en oeuvre l'adaptation du roman "Badge of evil" de Whit Masterson. Comme à son habitude, il en restitue une oeuvre très sombre mais magistralement mise en scène et il ne tarde pas à nous le prouver, comme en atteste ce somptueux plan séquence d'ouverture qui est tout bonnement prodigieux. Des plans au sol ou aérien, rien ne l'arrête, durant plus de trois minutes, il en impose et bluffe littéralement ! La Soif du mal (1958) est basé sur un scénario extrêmement riche, avec une multitude de protagonistes, Charlton Heston & Orson Welles se donnent la réplique à travers de superbes face à face (notamment la dernière séquence). Orson Welles y interprète sans nul doute le personnage le plus exécrable qu'il est eu à jouer, détestable au plus haut point. A leurs côtés, on retrouve aussi Janet Leigh, le tout à travers un palpitant thriller entre le Mexique et les Etats-Unis. Bien que le scénario soit complexe, le spectateur reste facilement captivé par cette intrigue palpitante menée jusqu'au bout à la perfection.
Orson Welles en 1958 laissa à la main des Studios Universal le montage final de son film. Il le désapprouva toute son existence et rédigea même un mémoire de 58 pages décrivant au plus près son désir initial. Il fallut attendre 1973 pour que son souhait soit exaucé… et c’est cette version que je viens de visionner. « La soif du mal » ou plutôt « A touch of evil », plus proche de l’atmosphère du film, est l’histoire d’un flic mexicain en voyage de noce à la frontière américano mexicaine qui va vouloir assister la police américaine dans l’enquête d’une histoire de meurtre dont il a été témoin. Mais le flic américain en charge de l’affaire est véreux et corrompu. Le sujet central du film est donc un choc frontal entre deux flics et deux visions du métier (intuition / enquête fouillée) que tout oppose. Le lieu même de l’action est fortement symbolique ; une frontière… elle-même à l’image du bien et du mal, de la vie et de la mort, de l’intégrité et de la roublardise. Ensuite, Welles, et c’est pour moi la faiblesse du film, nous noie sous un torrent de sous-intrigues satellites qui se multiplient et s’embrouillent : l’affaire de l’explosion de la voiture, le procès sur lequel travaille Vargas, les voyous traquant la femme de Vargas, la mort de la femme de Hank,… Tout cela participe à créer une confusion bien contreproductive. Une médiocrité scénaristique bien regrettable. D’autant plus, que Welles démontre une maestria rarement égalée de la mise en scène, pour l’époque. Le plan séquence de la scène d’ouverture est un des plus virtuose jamais vu. Sa caméra perchée en haut d’une grue donne le vertige, et la minutie de son plan donne plus que le ton, il inscrit le film dans sa dimension dramatique et tendue dès les premières minutes. Il nécessita 10 jours de tournage à Orson Welles. Le génie de Welles ne s’arrête pas là : un travail autour du noir et blanc symbole du Bien et du Mal ; traitement des ombres et éclairages malveillants ; un grand angle déformant les perspectives et montrant un monde malade (Fritz Lang aurait validé) ; plongées et contre plongées sur les personnages ;… Il adapte même sa technique à ses personnages : le bon flic mexicain est souvent troublé par des ombres et semble vulnérable comme un pion ; le bad cop US, Welles himself, filmé en contre plongée est énorme, disproportionné, glouton voire gargantuesque semble inamovible ; Grandi, la truand de service, toujours filmé en mouvement incarne un autre type de danger. Pour filmer ce dernier en mouvement, il intégra, ce qui fût une première, une petite caméra mobile. Au titre des expérimentations, car ce film a aussi une dimension expérimentale, il tourna pour la première fois les scènes automobiles avec un comédien qui conduit réellement des véhicules en mouvement. Et puis la distribution, car les noms parlent d’eux-mêmes : Orson Welles, Charlton Heston, Joseph Cotten, Janet Leigh (2 ans après dans « Psychose », elle y passera ; dans ce film, elle a l’air de jouer dans un préquel), Marlène Dietrich, Zsa Zsa Gabor,… Une perle cinématographique au scénario trop complaisant et invraisemblable.
Ce grand film de Welles met je trouve bien du temps à se lancer, après un plan-séquence d'ouverture qui se veut marquant et imposant. Derrière, tout le film est un peu saboté par la réalisation écrasante d'un Welles réalisateur en constante démonstration de force. Toujours parcourue d'un mouvement jamais anodin, écrasant sous ses angles l'espace-temps du film comme en retravaillant constamment un matériau brut, peaufinée jusque dans les moindres grains de la photo, la mise en scène respire un cinéma total, qui donne une forte emprise au récit mais a aussi le désavantage de cultiver des attentes immenses vis à vis de ce que le film donne à voir. Longtemps, j'ai eu la sensation d'attendre, la faute à un récit tortueux qui parait parfois s'éparpiller et à des scènes dont le potentiel parait retenu, que s'ouvre un écrin dont l'ouvrage semble indiquer un contenu au prix incalculable. C'est que tout le mouvement du film cherche la lenteur d'une progression censée se décharger dans le final, le long d'un récit où tout avance au même rythme patibulaire et inarrêtable que le personnage de Welles, qui explose dans un climax certes fascinant mais un peut trop bâti au détriment du reste. La dernière scène demeure quand même très marquante : ce flic aussi doué que véreux parait avoir atteint la limite possible de l'homme dans la quête du Bien comme dans la soumission au Mal, et Welles, qui incarne lui même cette figure monstrueuse et fascinante, se pose aux côtés de son film pour alimenter durablement le vertige qu'il met en jeu. Un classique du noir, servi par un très bon casting et peut-être juste un petit peu bancal.
Est-ce qu'on a droit de dire qu'on a pas du tout adhéré à ce chef-d'œuvre ? Si on est franc on peut dire que le scénario est tout de même assez faible. Et c'est sûrement un film qui a aussi assez mal vieilli.
Quelque soit ses versions, La Soif du mal reste un chef-d'œuvre. Comme pour presque tous ses films, Orson Welles s'est retrouvé dépossédé de son travail lors du montage mais les producteurs n'ont pas réussi à détruire la force de celui-ci. En effet, le montage sorti en 1958 ou la version longue retrouvée dans les années 70 ne respectent pas toujours les options choisies par Welles (notamment sur le travail sonore, le traitement du générique de début ou le travail de montage parallèle lors des rencontres Heston-Welles et Leigh-Tamiroff) et ajoutent des séquences tournées par un certain Harry Keller mais elles arrivent tout de même à retranscrire la vision de ce grand cinéaste (vision que tente de respecter le remontage de 1998). Nous sommes face à un grand polar où la thématique a plus d'importance que la résolution du meurtre qui est reléguée au rang de ce qu'Hitchcock appelait un MacGuffin. Le réalisateur de Citizen Kane se régale à étudier les limites de la justice et la question du racisme. De même, il semble prendre un malin plaisir à décrire la descente aux enfers du personnage qu'il interprète : le détective Quinlan. Comme toujours, le travail sur l'image et sur la courte focal est éblouissant. On alterne entre des plans-séquences somptueux spoiler: (le très célèbre premier plan ou l'arrestation du suspect) et des séquences montées très rapidement spoiler: (le meurtre de Grandi) . Une fois de plus, Orson Welles arrive à réunir un nombre impressionnant de grands acteurs : Charlton Heston, Janet Leigh, Akim Tamiroff, Joseph Calleia (acteur peu connu qui livre une composition éblouissante), Joseph Cotten, Dennis Weaver (préfigurant le Norman Bates du Psychose d'Hitchcock, film qui reprend d'ailleurs une partie de l'équipe technique et Janet Leigh) et les guests-stars Marlene Dietrich et Zsa Zsa Gabor. Mais le plus beau rôle, Welles se l'est attribué à lui-même : il est tout bonnement incroyable dans ce magnifique rôle d'homme dont la déchéance se prononce de plus en plus au fur et à mesure de l'évolution du film. Il faut d'ailleurs noter qu'il y eut un gros travail de maquillage complètement invisible et extrêmement réussi pour grossir énormément l'acteur-réalisateur. Enfin, Henry Mancini nous offre une partition éblouissante (même si l'excellent thème du générique de début sur les versions producteurs n'était pas désiré par Welles). Ainsi, en personnalisant un film de commande, Orson Welles arrive à créer un des meilleurs films policiers de l'Histoire du cinéma et une de ses œuvres les plus importantes.
Un film qui s'interroge sur la frontière entre le bien et le mal, à la frontière américo-mexicaine. Le plan-séquence d'ouverte, fameux, et phénoménal en ce qu'il instaure dès les premières minutes une atmosphère étouffante. Le NB ultra contrasté renforce cette impression de dualité. Si Charlton Heston campe un personnage classique, Janet Leigh est elle géniale dans ce rôle de femme qui ne sait qu'elle attitude avoir. Quant à Orson, il est aussi incroyable que d'habitude dans un rôle de salaud complexe. Le film regorge de plongées/contre-plongées et autres marottes du cinéaste, mais si la fin est géniale (Orson tué d'en haut dans une décharge!), le film a des coups de mou. Welles s'en sort nettement mieux qu'avec La dame de Shangaï dans lequel il avait essayé (et échoué) de faire un film noir comme il s'en faisait beaucoup à l'époque, il reste néanmoins moins mémorable que d'autres films plus classiques sur la forme comme Double indemnity ou The asphalt jungle. A voir.
Quelle classe... Quel génie... Quelle modernité ! Ce film, le dernier hollywoodien d'Orson Welles, boucle majestueusement la boucle ouverte avec Citizen Kane. Ce film, au-delà d'être un film policier au scénario très prenant, multiplie les idées géniales de réalisation : le plan séquence d'ouverture, évidemment, les gros plans sur les visages avec la fumée des cigarettes, la dernière scène, l'utilisation des sons radio... Le filmp est d'une modernité halluciante pour un film de '58, il n'a pas pris une ride. Après, comme je l'ai dit, l'histoire est géniale : Heston-Vargas doit trouver les preuves pour faire tomber Welles-Quinlan, policier véreux, corrompu et malhonnête. Ce film est une quête pour faire éclater la vérité. Mais au-delà de ça, le personnage que Welles s'est donné (qui crève l'écran) et ses acolytes font preuve d'une violence terrible, souvent montré, ce qui est osé. Toutes ces scènes de violence sont d'ailleurs magistralement corégraphié, enchaînant des gros plans, des sons stridents, des images chocs. Enfin, il faut souligner le casting génial du film où tout les acteurs crèvent l'écran. Un film à voir absolument, tant pour les cinéphiles (occasion pour eux d'une vraie lecçon de cinéma) que pour les amateurs. Un film noir passionant, une histoire d'amour, et des amitiés déchues. Belle leçon sur la face sombre de certains hommes. Un vrai chef-d'oeuvre
Lorsqu'il réalise "The touch of evil" en 1958, Orson Welles a déjà à son actif une dizaine de long-métrages. Il s'attaque ici au film noir, au moment ou l'âge d'or de ce genre se termine, et signe tout simplement une référence de cette sous-catégorie mêlant polar, drame et romance. Suite à un attentat à la frontière américano-mexicaine, on assiste à l'opposition de deux flics aux styles et méthodes contraires : Charlton Heston incarne Vargas le mexicain intègre (tout juste marié à une américaine, jouée par la pulpeuse Janet Leigh), tandis qu'Orson Welles lui même prête sa silhouette empâtée à Quinlan, l'américain au flair infaillible mais aux valeurs douteuses... Si ce scénario est loin d'être inintéressant, ce qui fait la valeur ajoutée de "The touch of evil" est incontestablement la mise en scène brillante de Welles. Dès le plan-séquence d'ouverture, époustouflant modèle du genre, jusqu'à la scène finale autour du pont-frontière, le spectateur en prend plein les yeux. Dans ce classique plébiscité par l'ensemble des cinéphiles, mon seul bémol concerne les scènes situées dans le motel abandonné, qui s'éternisent et n'ont pas l'intensité des autres séquences du film.
Paradoxale. Telle est mon impression à l'égard de ce "Touch Of Evil". A la fin de sa vision, un double sentiment m'a envahi. En effet, une admiration sans précédent venait être gâchée par une tension émotionnelle très peu présente, à tel point que la virtuosité technique observée presque deux heures durant fut parfois entrecoupées de périodes d'ennui à mon appréciation. Aucune baisse de rythme n'est accordée, la mise en scène est extrêmement inventive, constituée de plans tous plus fous et originaux les uns que les autres, reliés entre eux par un montage soutenu mais jamais saccadé. Tout le vocabulaire cinématographique est concentré dans cette oeuvre, un modèle pour sa palette très large de trouvailles absolument géniales. Visuellement, c'est grandiose et scénaristiquement, ça l'est tout autant. L'utilisation de récits parallèles se révèle d'une rare efficacité, créant ainsi un véritable suspense, aussi bien de situations que de chronologies, envoyant valser toute convention possible et développant convenablement ses protagonistes tout en les enrôlant de mystère. Les ruptures sont grandioses, l'histoire délaissant toute dramaturgie pour trouver une plus grande puisssance mais aussi choquer le spectateur pas ses alternances nombreuses et osées, tel un puzzle psychologique. L'interprétation est de tout premier ordre, Welles en tête avec un charisme indéniable, très bien suppléé par Charlton Heston, la vénéneuse Janet Leigh ou encore l'apparition nostalgique de Marlene Dietrich. Oui, tout cela est plastiquement superbe et comporte de grandes qualités d'écriture, mais l'outrance et l'absence de sentiments profonds agace. A vouloir tout perfectionner, le cinéaste perd parfois son public, se complaisant dans une certaine "orgie" sur tous les bords, énervant par une trop grande facilité faisant perdre par moments toute humanité à son oeuvre, "trop parfaite" pour convaincre.
Avec citizen Kane ce film d'Orson Welles fait parti de mes films préférés. C'est vraiment un monument du cinéma et une référence du film noir américain. En premier on est bluffé par la réalisation sans faille du maître. Ici on peut vraiment parler de langage cinématographique tellement chaque plan exprime une émotion. Cela est du au génie créatif instinctif et viscéral d'Orson Welles. Dès le long plan séquence d'introduction qui met en place l'intrigue avec un magnifique travelling filmé en très courte focale met l'accent sur un film d'exception. On suit avec gourmandise Charlton Heston dans cette enquête policière qui donne ici une de ces meilleurs prestations. L'intrigue policière va laisser place à une lutte de personnalité entre Vargas et le commissaire Quinlan, deux visions de la justice et du monde. Orson Welles est tout simplement impressionnant et méconnaissable dans la peau du commissaire. On a droit également droit à un défilé de personnages secondaires qui ont également profité d'une belle écriture. Là on a l’occasion de voir défiler d'excellents acteurs comme Joseph Cotten, Marlène Dietrich, Janet Leigh, Akim Tamiroff, Dennis Weaver... On a la chance d'avoir depuis peu une nouvelle monture qui respect enfin les indications d'Orson Welles pour le montage et d'un nouveau master HD avec le Blu-Ray qui permet de profiter de la profondeur de champ offerte par la courte focale. Un très beau travail de restauration même si certains plans souffrent encore de grain très présents, chapeau bas pour un film qui a plus de 50 ans. A voir et a revoir! Un chef d'oeuvre!
Malheureusement vu en V.F, je n'ai pas eu le choix, mais j'ai eu la chance de tomber sur la version adaptée des écrits de Welles, et non la version éditée. Donc c'est la version 1h55 (et non 1h30). Je continue donc mes visionnages de Welles, dont je suis tombé définitivement amoureux, par La Soif du Mal, pas le moins connu du réalisateur.
Et bien ma foi, cet homme est vraiment un génie. Il ne suffirait que du long plan séquence d'introduction pour en être convaincu, tout du moins rien que pour l'aspect formel : incroyable jeu des lumières, positionnement de la caméra, animation, détails, clins d'oeil. C'est résolument moderne et inventif. Et ce n'est heureusement pas que la scène d'introduction qui vaut le détour. De nombreux plans très inventifs s'enchaînent tout le long du film, probablement plus encore que Citizen Kane par exemple.
Les acteurs, essentiels dans le film, sont également à leur avantage. Certes Orson Welles est un peu dégueu, tout bouffi, mais garde sa classe naturel. Les seconds rôles, que je ne vais pas énumérer, sont pratiquement tous convaincants - et essentiels. Bon après, Charlton Heston c'est pas ma tasse, mais il s'en sort pas mal - la surprise venant de Janet Leigh, au jeu assez incroyable, surtout quand elle joue dans des phases angoissantes (pas vraiment les romantiques). Enfin elle est aux antipodes de Psychose, sortit 2 ans après, où elle joue l'angoissé : ici elle est d'une nonchalance et d'un détachement assez divin, plus rayonnant encore avec sa beauté.
L'ambiance, associée au scénario, est géniale. On a la un pur film noir, probablement le meilleur que j'ai vu, avec les codes classiques : Los angeles (certes, nous n'y sommes pas ici; mais nous sommes pas loin), des mexicains, des policiers pourris et honnêtes, mais qui ont tous une classe à crever, et un flair incomparable, des guerres d'egos mêlés à des repliques cultes. Surtout, ce que j'ai apprécié, c'est une nouvelle fois l'humour, qui parfois touche presque au burlesque, mais qui est toujours bien senti. Le ton décalé rend une nouvelle fois le film très agréable à suivre, si bien que nous n'avons pas de difficultés à se l'avaler. De plus, l'idée de jeu permanent entre les frontières américaines et mexicaines, la confrontation entre deux polices, deux visions de la justice, confère une originalité certaine à l'oeuvre, la où des films noirs classiques dépeignent le plus souvent une histoire de corruption et d'anti-corruption au sein de la police même.
La soif du mal est un excellent film, un excellent Welles. Est-il le meilleur film noir? Ma méconnaissance du cinéma m'empêche de répondre; c'est en tout cas, par mon expérience, mon ressenti.
Quelques grands acteurs en devenir, certes. Mais le scénario peine à passionner et l'ensemble à trouver un rythme conséquent au triller. Une invraisemblance vient même gâcher le retournement de situation final, pourtant réussi.
Une œuvre baroque qui n'est pas dépourvue de qualités mais que je n'apprécie guère tant Welles charge sa barque. En dehors du premier plan très long, particulièrement réfléchi et travaillé puis des dernières 20 minutes qui nous laissent admirer la virtuosité du cinéaste tout en captivant notre attention, je n'arrive pas à m'intéresser au reste plus tourné vers la technique que vers l'humain. L'atmosphère lourde qui règne en permanence est à la limite du réalisme. Il n'en faudrait pas beaucoup plus pour que l'on déborde dans le fantastique. Cette mise en scène trop évidente surtout avec un scénario aussi pauvre est à l'opposé de mes gouts tournés vers la discrétion d'où naissent des émotions qui surgissent de la beauté des mouvements de la caméra ou des rentrées des personnage dans le plan visuel. Si Welles n'avait pas été aussi imbu de lui même et était resté plus discret dans les médias, son œuvre aurait peut-être été différente. Il est pour moi comparable à Marlon Brando mais un acteur trouve toujours un grand réalisateur pour le modérer. Welles n'avait personne au dessus de lui et les coupures faites à ses films sont là pour montrer qu'il n'a pas plut pas à tous les professionnels du cinéma.